Dernière lettre au Père Noël

Cher Père Noël,
Avoue que tu t’es bien foutu de notre gueule cette année encore.

Quand, il y a cinq ans, tu nous avais apporté la PMA en cadeau, déjà, on trouvait ça moyen, comme idée. Originale, riche en sensations, digne de la smartbox du comité d’entreprise, mais tu vas rire, j’aurais préféré un bête livre sur le choix des prénoms. Depuis, tu enchaînes les blagues tous les ans. Une année, un spermogramme pourri sous le sapin. Une autre, une endométriose de derrière les fagots. Une autre, une mauvaise qualité ovocytaire, pour finir en beauté l’année dernière par une belle insuffisance ovarienne. 

Bon. On s’est dit qu’un voyage en République Tchèque nous ferait oublier tout ça et nous réconcilierait avec toi. C’est le pays du don, des taux de réussite mirobolants et des sourires, pas vrai ? On a même vu la neige, la dernière fois. Et comme des cons, tu vois, on était prêt à te célébrer cette année. 

Mais alors le coup des fausses couches à répétition, franchement, c’est la surprise de trop. Au premier transfert, on s’est dit que ce n’était pas de bol, ce taux positif qui chute. Et puis, il y a quelques semaines, en pleine magie de Noël, après un second transfert, notre beau taux de 172 de la première prise de sang clignotait plus encore que le sapin d’un grand magasin. Nos yeux brillaient comme ceux des enfants qui attendent leur cadeau derrière la vitrine aux mille promesses. Mais tout ce que tu nous as offert, c’est le même scénario foireux du taux qui ne bouge pas 48 heures plus tard, et des prises de sang à répétition pour vérifier que tout est fini.

Alors là, je vais te dire un truc : t’es vraiment un gros lourd. Oui, un GROS lourd, parce que permets moi de te dire que ton habit ample et rouge (il faudrait que tu changes de sponsor, Coca te fait faire n’importe quoi niveau choix des couleurs) ne masque pas la situation de surpoids dans laquelle tu te complaît depuis pas mal d’années. Donc je persiste et signe, puisque personne n’ose te le dire: tu es un GROS lourd.

Cette fois, le divorce est consommé, Père Noël. Les canards ne croient plus en toi, ils ne croient d’ailleurs plus à grand chose et s’en veulent d’avoir été si naïfs d’espérer un cadeau de ta part. A part chier dans nos petits souliers chaque année, on se demande bien ce dont tu es capable, niveau prouesse de « grand magicien ». Tu vas donc rejoindre la liste des barbus que l’on ne tient pas à fréquenter (sauf que bizarrement, toi, tu ne te fais pas contrôler à l’entrée des magasins).

Sois donc gentil, à l’avenir, d’éviter notre adresse, parce que tu risques de finir assommé à grands coups de dinde congelée dans la gueule et il n’est même pas exclu que tu termines avec une bûche dans le derrière en guise de cadeau de départ. C’est notre côté potache.

Quant à nous, nous tournerons une page en même temps que la dernière feuille de notre calendrier 2015, n’étant pas motivés à l’idée de tester tout ton catalogue des causes d’infertilité. On a comme l’intuition que tu as plein d’autres idées en stock à nous faire tester, mais sois rassuré, on annule la commande. 

Cette lettre était donc la dernière. On se console bêtement en se disant que tu finiras comme nous dans quelques heures : sur les rotules, après une tournée qui te fera rentrer au bercail la hotte vide.

Et c’est ainsi que se termine l’histoire du blog des canards. Sorties de nul part, ces étranges bêtes vont rejoindre l’épais brouillard de leur mare et naviguer loin de la blogosphère. Prenez soin de vous.

Minute poétique

Alors que vient le temps des hommages, ou celui des « pray for Paris », voici notre prière à nous. Celle de Jacques Prévert, son « pater noster » à lui…

Samedi soir, on va à l’opéra, retrouver la beauté du Monde.

Prenez soin de vous.

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Notre Père qui êtes aux cieux

Restez-y

Et nous nous resterons sur la terre

Qui est quelquefois si jolie

Avec ses mystères de New York 

Et puis ses mystères de Paris

Qui valent bien celui de la Trinité

Avec son petit canal de l’Ourcq

Sa grande muraille de Chine

Sa rivière de Morlaix

Ses bêtises de Cambrai

Avec son Océan Pacifique

Et ses deux bassins aux Tuileries

Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets

Avec toutes les merveilles du monde

Qui sont là

Simplement sur la terre

Offertes à tout le monde

Éparpillées

Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles

Et qui n’osent se l’avouer

Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer

Avec les épouvantables malheurs du monde

Qui sont légion

Avec leurs légionnaires

Avec leurs tortionnaires

Avec les maîtres de ce monde

Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres

Avec les saisons

Avec les années

Avec les jolies filles et avec les vieux cons

Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

Horreur

Alors que beaucoup se battent, ici, pour donner la vie, des fous de Dieu ont semé la mort, hier soir, au hasard. Sinistre hasard. Terribles destins de ceux qui étaient là au mauvais endroit au mauvais moment, à manger entre amis, à écouter un concert, à boire un verre en terrasse. Cela aurait pu être nous. Cela aurait pu être vous.

Bien sûr, on a envie de prendre les armes. Et nos armes, à nous, ce sont celles qu’ils détestent le plus, ces fous : la vie, le rire, la musique, le partage, l’amitié, la fête.

Alors, avant de faire silence, et bien vous savez quoi ? On va chanter. La gorge serrée et le coeur lourd.

Prenez soin de vous.

Ce soir, les ICSI PARI tiennent salon – l’art de la causerie

Mesdames, Messieurs,

A la demande générale, du moins à la demande de September, du moins avec le soutien bienveillant de September, les ICSI PARI vous proposent de tenir salon ce soir, comme au temps jadis.

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La blogosphère des temps anciens

Nous entretiendrons donc l’art de la causerie, et nous sentons déjà frémir chez chacun de vous une envie soudaine et incontrôlable de vous lancer dans une folle joute oratoire, à coup de commentaires irrésistibles. A défaut d’avoir des fonctionnalités adaptées par WP, nous n’avons en effet pas d’autres moyens techniques que d’ouvrir les commentaires sur ce post.

Pour vous lancer, nous vous proposons plusieurs thèmes afin de démarrer la discussion, thèmes qui ne manqueront pas de vous inspirer :

« Quand il y a de la hyène, il n’y a pas de plaisir » (ou comment les cons méchants te pourrissent la vie)

« La justice, c’est comme la Sainte Vierge, si on la voit pas de temps en temps, le doute s’installe » (rubrique société et religion)

« Je me suis rendu compte que j’avais pris de l’âge le jour ou j’ai constaté que je passais plus de temps à bavarder avec les pharmaciens qu’avec les patrons de bistrot » (rubrique cela ne nous rajeunit pas tout ça)

« On n’a quand même pas pris la Bastille pour en faire un opéra » (rubrique c’était mieux avant)

Evidemment, la discussion libre est aussi ouverte…

A tout à l’heure !

Canards à pompom

Monsieur et Madame ICSI PARI en grande tenue

Pour vous motiver :

Etude d’oeuvre – Les canards sauvages

La scène se déroule dans les réserves du Louvre. Un stagiaire, étudiant en histoire de l’art, découvre avec émerveillement les oeuvres cachées des regards, qui sommeillent sur des étagères. Il s’arrête soudain sur un dessin, qu’il observe longuement. Puis il interpelle son maître de stage, le grand Professeur Joséphine de la Boutonnière, spécialiste des canards sauvages, qui l’accompagne dans cette visite extraordinaire.

Le stagiaire – Professeur, professeur !

Le professeur – Oui ?

Le stagiaire – Non mais regardez moi ça !

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Le professeur – Ah, vous l’avez trouvé… Très bien, jeune homme ! Vous avez du flair, je vois…

Le stagiaire – Non mais quelle technique ! Quel coup de crayon !

Le professeur – C’est vrai. Mais la technique ne fait pas tout. LA TECHNIQUE N’EST QU’AU SERVICE DE L’ART ! Vous êtes ému, n’est-ce pas ?

Le stagiaire – Oui… Je ne sais pas, il y a quelque chose qui me parle, je n’arriverais pas à le décrire.

Le professeur – Hum, c’est parce que vous êtes encore jeune, vous n’avez pas assez vécu. Je vais essayer de vous en parler, moi.

Le stagiaire sort de son sac une tablette numérique pour prendre des notes.

Le professeur – Ah non, rangez moi cela immédiatement ! Je ne suis pas là pour vous faire un cours, mais pour vous parler de la vie ! Et en plus j’ai horreur de tous ces gadgets technologiques !

Le stagiaire – Oh pardon. Je vous écoute alors.

Le professeur – Bien. Je vais vous parler de ces canards. D’abord, vous observez que c’est un joli couple, n’est-ce pas ?

Le stagiaire – Oui, ils ont l’air bien assorti sous le crayon de l’artiste.

Le professeur – C’est vrai, ils sont représentés l’un à côté de l’autre, allant dans la même direction. On devine qu’ils ont mis du temps à se trouver sur la grande mare de la vie, et qu’ils ne s’éloignent plus guère l’un de l’autre.

Le stagiaire – Et bien je ne l’ai pas encore trouvé, moi, ma canette. Puis, après un moment d’hésitation. En fait, professeur, je dois vous dire que je préfère plutôt les canards.

Le professeur – Et bien libre à vous ! Canard ou canette, là n’est pas l’essentiel, jeune homme. L’essentiel, c’est l’amour. Tout le reste n’a aucune importance.

Le stagiaire – Si seulement tout le monde pouvait penser comme vous…

Le professeur – Allons, voyons, oubliez le regard des autres. L’humanité n’aurait produit aucun artiste digne de ce nom si l’on devait tous vivre dans cet affreux conformisme ! Vivez votre vie comme vous l’entendez, et ne laissez pas les imbéciles vous la gâcher.

Le stagiaire sourit.

Le professeur – Mais revenons à nos moutons… Enfin, je veux dire, à nos canards. Quelle ambiance se dégage de ce dessin, selon vous ?

Le stagiaire – Je dirais une ambiance de calme, de sérénité. Ils avancent tranquillement, au milieu de la Nature. C’est comme si on était au bord de l’eau, au bord d’un canal, loin de la ville, de la pollution. On les observe, tranquillement.

Le professeur – C’est exactement cela. Et puis regardez bien : il y a ce vert de la végétation qui les entoure. Le vert, c’est la couleur de l’espoir ! Ils suivent leur chemin. Et pourtant, les canards sauvages ont une vie compliquée. Ils ont connu des tempêtes, l’eau a été bien agitée ces derniers temps. Peut-être ont-ils croisé des chasseurs, aussi. Peut-être la Nature leur a-t-elle été hostile, leur a joué de vilains tours. Vous voyez, il n’y a point de canetons derrière eux, alors que depuis toutes ces saisons qu’ils ont vu passer, ils devraient y avoir du monde autour d’eux. Ils en ont l’oeil un peu triste.

Le stagiaire – J’avoue que je n’y avais pas pensé… Cette absence ne se voit pas, il faut dire.

Le professeur –  C’est parce que vous n’avez pas fait de thèse sur l’allégorie du canard dans la peinture du 18ème siècle.

Le stagiaire – Tout ce qu’il me reste à apprendre… Cela donne le vertige !

Le professeur – Rassurez-vous, on apprend toute sa vie, et à la fin, on ne sait qu’une chose : que l’on ne sait rien…

Le stagiaire – Vous être trop modeste, professeur.

Le professeur – Non, lucide. Ou sage, si vous préférez. Privilège de la vieillesse. Vous avez encore la vie devant vous, alors vous découvrirez cela par vous même. Et vous vivrez vous aussi des tempêtes. Peut-être en avez-vous déjà vécues, d’ailleurs. Des chagrins d’amour, des deuils, la maladie, un manque affectif, une enfance torturée… Tant de choses peuvent nous bouleverser, nous fragiliser, dans une vie. Pour certains, il en faut peu, d’ailleurs. Il y a des gens heureux qui s’ignorent. L’art vous aidera à affronter la vie, à exprimer vos émotions, à vous accompagner dans vos tourments, à vous souvenir aussi de la beauté du Monde. L’art nous aide à accepter notre condition. Voyez ces canards, et bien ils en ont vécu, des tourments, et on ne sait pas grand chose d’eux, nous, spectateurs. Et bien ils sont tout de même là, à barboter dans l’eau, vers leur avenir, sans savoir ce qu’il y a au bout du canal.

Le stagiaire – Mais professeur, qui est l’auteur de ce dessin ?

Le professeur – C’est une artiste qui use d’un pseudonyme. Regardez, c’est écrit au verso : SEPTEMBER. Cela donne encore plus de force à ce dessin. Une inconnue prend ses crayons et offre ce cadeau aux canards, par pure gentillesse. Voyez, c’est cela qui est bouleversant. Les humains sont capables du pire comme du meilleur. Certains envoient des bombes, d’autres envoient des dessins… 

Le stagiaire – Vous voulez dire que c’est un cadeau ?

Le professeur – C’est cela, c’est un cadeau. N’oubliez jamais cela, jeune homme : la vie vous réservera de jolis cadeaux. A vous de savoir les apprécier à leur juste valeur.

Le stagiaire reste silencieux, perdu dans ses pensées, le regard un peu triste.

Puis, après un long moment :

Le professeur – Bon, sinon, vous, c’est quoi votre genre de canard ? Vous les aimez sauvages, laqués, ou en plastique ?!

Le stagiaire arbore un large sourire.

Fin de la scène.

September, on t’embrasse.

Soirée Halloween – le retour du commissaire Magret

La scène se déroule dans le bureau d’un commissariat de police. Comme tous les jours, un inspecteur rend compte de la soirée à son supérieur, le commissaire Magret.

Le commissaire Magret – Bon, alors, où en est-on ce soir, inspecteur ?

L’inspecteur – Trois interpellations pour le moment.

Le commissaire Magret – Allez y, je vous écoute.

L’inspecteur – A 19h04, un clown a été arrêté sur la voie publique, une hache à la main. Il terrorisait les passants, et hurlait en les poursuivant : « vous finirez tous en viande hachée pour mes hamburgers » !

Le commissaire Magret – Encore le gang des clowns ! Ils commencent à nous chauffer ceux là. Gardez le en cellule de dégrisement jusque demain matin, cela lui servira de leçon. Et confisquez lui aussi son déguisement. On l’enverra à la fondation Achille Zavatta de réhabilitation des clowns.

L’inspecteur – Très bien, commissaire. On a déjà un carton complet à leur expédier.

Le commissaire Magret – Quoi d’autre ?

L’inspecteur – A 19h30, une querelle a éclaté sur la voie publique au sujet d’un sac de bonbons. Un individu, déguisé en vampire et âgé de 5 ans (« et demi », a-t-il ajouté), a déclaré à une sorcière, de sept ans, que son costume ne faisait « même pas peur » et qu’elle n’aurait pas droit aux bonbons que des passants venaient de leur offrir. Là dessus, un squelette, de 7 ans, portant des lunettes, est arrivé pour mettre tout le monde d’accord. Il aurait déclaré : « Regardez, je suis si maigre qu’on me voit les os. Là c’est le cubitus, là c’est le radius, là c’est le fémur… Hi hi hi ! Les bonbons sont pour moi, nananèreuuuu « . C’est alors qu’un zombie, de 6 ans, s’est emparé du sac, qu’il a commencé à vider dans ses poches.

Le commissaire Magret – Bon, venez en aux faits, inspecteur, je n’ai pas toute ma soirée.

L’inspecteur – Mes excuses, commissaire. Tout allait bien jusqu’à ce que les parents s’en mêlent. Mme de la Rombière, mère de la sorcière, aurait déclaré aux parents du zombie : « Non mais vous ne pouvez pas le surveiller ! Déjà qu’il a volé la gomme hello kitty de ma fille dans le cours de dessin, voilà qu’ils volent des bonbons maintenant ! Un délinquant en puissance, ce gosse » ! Le père du zombie se serait alors écrié : « Tu me parles sur un autre ton, connasse ! Et puis ta fille, tu n’avais pas besoin de la déguiser pour la transformer en sorcière. Elle est moche et méchante, elle passe son temps à demander à mon fils si c’est bon le couscous. On se demande ce que vous racontez à la maison ! »
Les parents du squelette ont alors voulu s’interposer. Ils auraient fait un long discours sur les ravages de la violence dans le monde avant de déclarer que de toute façon, ces bonbons étaient bourrés de produits chimiques et que personne n’avait intérêt à les manger. C’est à ce moment là qu’ils ont pris le paquet de bonbons, l’ont jeté dans une poubelle de rue, puis on sortit de leur sac à dos en cuir naturel des bonbons bios au miel. Tous les enfants se sont mis à pleurer, et cela a viré à la bagarre générale.

Le commissaire Magret – Bon, vous avez fait quoi de ces fous ?

L’inspecteur – On les a tous embarqués. Là, ils sont en cellule, en train de faire un atelier déco avec une citrouille.

Le commissaire Magret – On fait tout de même un drôle de métier, inspecteur… Ah la folie des hommes…! Bon, et la troisième arrestation ?

L’inspecteur – Il s’agit d’un couple, Mr Icsi et Mme Pari, trouvé sur la voie publique dans un accoutrement étrange. Ils faisaient peur à tout le monde. Lui déclare s’être déguisé en spermatozoïde mort. Il portait un justaucorps blanc avec un tuyau d’arrosage accroché aux fesses et un casque de moto. Il vociférait « je vais tous vous flageller ! » en faisant tournoyer frénétiquement son tuyau d’arrosage. C’est bien simple, les enfants partaient en courant en le voyant. Elle, elle portait un costume tout aussi bizarre, une sorte de sphère en polystyrène dans laquelle étaient plantés des pics à brochette. Elle criait en s’agitant dans tous les sens : « je suis une cellule tueuse, vous allez tous crever les têtards ! » Un vrai cauchemar.

Le commissaire Magret – Et pourquoi vous les avez arrêtés ?

L’inspecteur – Le couple a couvert d’injures une femme enceinte qui passait dans la rue en se caressant le ventre. Quand elle les a vu s’avancer avec une machette, alors qu’ils hurlaient « demandez la césarienne ! », elle a pris peur et a appelé un agent de police.

Le commissaire Magret – Bon. Vous avez mesuré leur taux ?

L’inspecteur – D’alcoolémie ? Zéro.

Le commissaire Magret – Non inspecteur, je parlais du taux de bêta HCG.

L’inspecteur – Ah, oui, pardon. Il était faiblement positif, en baisse.

Le commissaire Magret – Bon, alors relâchez les. Ils ont des circonstances exténuantes, le Procureur abandonnera les poursuites.

L’inspecteur – Très bien commissaire.

Le commissaire Magret – C’est tout pour ce soir ?

L’inspecteur – Oui commissaire.

Le commissaire Magret – Alors je vous laisse, il y a mes jumeaux qui m’attendent. Bonne soirée inspecteur. Et prenez les coordonnées du couple icsi pari, pour nos archives. Il va falloir les surveiller, ces deux là.

Maupassant et l’infertilité

Amis lecteurs, bonjour !

Vous connaissez certainement l’excellent blog de notre copinaute Simone, qui a publié un post remarquable sur une nouvelle de Zola parlant d’infertilité, que vous trouverez ici si vous ne l’avez pas encore lu.

Ce billet m’a alors rappelé une nouvelle de Maupassant parlant aussi de l’infertilité d’un couple, intitulée « l’héritage ». On ne peut que vous inviter à la lire intégralement, tant elle est savoureuse. Vous la trouverez ici.

L’intrigue plaira aux juristes : voici un héritage d’une vieille tante qui est conditionné par l’arrivée d’un enfant, pour assurer la transmission familiale. Notre couple, qui vit avec le beau-père (un dénommé Cachelin), s’escrime à avoir un enfant, pas tant pour satisfaire leur désir de fonder une famille que pour devenir riche. Et bien sûr, au fil des pages, on comprend que l’épouse et son père sont d’une nature particulièrement vénale, le pauvre mari (Lesable) n’étant guère ménagé. La nouvelle met à jour la cruauté des hommes, leur goût immodéré pour l’argent, tant de travers humains éternels… Sauf que lorsque Maupassant prend sa plume, on se régale.

On vous livre donc quelques extraits…

Voici le début des tentatives.

Il jugea les temps venus. Ce fut une vraie nuit d’épousailles. Puis ils eurent une lune de miel, pleine de caresses et d’espérances. Puis ils s’aperçurent que leurs tentatives demeuraient infructueuses et que leur confiance était vaine. Ce fut un désespoir, un désastre. Mais Lesable ne perdit pas courage, il s’obstina avec des efforts surhumains. Sa femme, agitée du même désir, et tremblant de la même crainte, plus robuste aussi que lui, se prêtait de bonne grâce à ses tentatives, appelait ses ‘baisers, réveillait sans cesse son ardeur défaillante. Ils revinrent à Paris dans les premiers jours d’octobre. La vie devenait dure pour eux. Ils avaient maintenant aux lèvres des paroles désobligeantes ; et Cachelin, qui flairait la situation, les harcelait d’épigrammes de vieux troupier, envenimées et grossières.

Un autre passage met à jour la cruauté de l’entourage à l’égard des infertiles. La scène se déroule sur le lieu de travail du mari, au ministère. Les fonctionnaires en prennent d’ailleurs pour leur grade dans cette nouvelle, soit dit en (Mau)passant.

Le vieux, comprenant qu’on allait se moquer de lui et parler encore de sa femme, ne répondit pas. Pitolet reprit : « Vous avez toujours bien trouvé le secret pour faire des enfants, puisque vous en avez eu plusieurs ? » Le bonhomme releva la tête : « Vous savez, monsieur Pitolet, que je n’aime pas les plaisanteries sur ce sujet. J’ai eu le malheur d’épouser une compagne indigne. Lorsque j’ai acquis la preuve de son infidélité, je me suis séparé d’elle. » Maze demanda d’un ton indifférent, sans rire : « Vous l’avez eue plusieurs fois, la preuve, n’est-ce pas ? » Et le père Savon répondit gravement : « Oui, monsieur. » Pitolet reprit la parole : « Cela n’empêche que vous êtes père de plusieurs enfants, trois ou quatre, m’a-t-on dit ? » Le bonhomme, devenu fort rouge, bégaya : « Vous cherchez à me blesser, monsieur Pitolet ; mais vous n’y parviendrez point. Ma femme a eu, en effet, trois enfants. J’ai lieu de supposer que le premier est de moi, mais je renie les deux autres. » Pitolet reprit : « Tout le monde dit, en effet, que le premier est de vous. Cela suffit. C’est très beau d’avoir un enfant, très beau et très heureux. Tenez, je parie que Lesable serait enchanté d’en faire un, un seul, comme vous ? » Cachelin avait cessé d’enregistrer. Il ne riait pas, bien que le père Savon fût sa tête de Turc ordinaire et qu’il eût épuisé sur lui la série des plaisanteries inconvenantes au sujet de ses malheurs conjugaux.

    Lesable avait ramassé ses papiers ; mais, sentant bien qu’on l’attaquait, il voulait demeurer, retenu par l’orgueil, confus et irrité, et cherchant qui donc avait pu leur livrer son secret. Puis le souvenir de ce qu’il avait dit au chef lui revint, et il comprit aussitôt qu’il lui faudrait montrer tout de suite une grande énergie, s’il ne voulait point servir de plastron au ministère tout entier. Boissel marchait de long en large en ricanant toujours. Il imita la voix enrouée des crieurs des rues et beugla : « Le secret pour faire des enfants, dix centimes, deux sous ! Demandez le secret pour faire des enfants, révélé par M. Savon, avec beaucoup d’horribles détails ! »

    Tout le monde se mit à rire, hormis Lesable et son beau-père. Et Pitolet, se tournant vers le commis d’ordre : « Qu’est-ce que vous avez donc, Cachelin ? je ne reconnais pas votre gaieté habituelle. On dirait que vous ne trouvez pas ça drôle que le père Savon ait eu un enfant de sa femme. Moi, je trouve ça très farce, très farce. Tout le monde n’en peut pas faire autant ! » Lesable s’était remis à remuer des papiers, faisait semblant de lire et de ne rien entendre ; mais il était devenu blême. Boissel reprit avec la même voix de voyou : « De l’utilité des héritiers pour recueillir les héritages, dix centimes, deux sous, demandez ! » Alors Maze, qui jugeait inférieur ce genre d’esprit et qui en voulait personnellement à Lesable de lui avoir dérobé l’espoir de fortune qu’il nourrissait dans le fond de son coeur, lui demanda directement : « Qu’est-ce que vous avez donc, Lesable, vous êtes fort pâle ? » Lesable releva la tête et regarda bien en face son collègue. Il hésita quelques secondes, la lèvre frémissante, cherchant quelque chose de blessant et de spirituel, mais ne trouvant pas à son gré, il répondit : « Je n’ai rien. Je m’étonne seulement de vous voir déployer tant de finesse. » Maze, toujours le dos au feu et relevant de ses deux mains les basques de sa redingote, reprit en riant : « On fait ce qu’on peut, mon cher. Nous sommes comme vous, nous ne réussissons pas toujours… »

    Une explosion de rires lui coupa la parole. Le père Savon, stupéfait, comprenant vaguement qu’on ne s’adressait plus à lui, qu’on ne se moquait pas de lui, restait bouche béante, la plume en l’air. Et Cachelin attendait, prêt à tomber à coups de poing sur le premier que le hasard lui désignerait. Lesable balbutia : « Je ne comprends pas. A quoi n’ai-je pas réussi ? » Le beau Maze laissa retomber un des côtés de sa redingote pour se friser la moustache et, d’un ton gracieux « Je sais que vous réussissez d’ordinaire à tout ce que vous entreprenez. Donc, j’ai eu tort de parler de vous. D’ailleurs, il s’agissait des enfants de papa Savon et non des vôtres, puisque vous n’en avez pas. Or, puisque vous réussissez dans vos entreprises, il est évident que si vous n’avez pas d’enfants, c’est que vous n’en avez pas voulu. » Lesable demanda rudement : « De quoi vous mêlez-vous ? » Devant ce ton provocant, Maze, à son tour, haussa la voix : « Dites donc, vous, qu’est-ce qui vous prend ? Tâchez d’être poli, ou vous aurez affaire à moi ! »

    Mais Lesable tremblait de colère, et perdant toute mesure : « Monsieur Maze, je ne suis pas, comme vous, un grand fat, ni un grand beau. Et je vous prie désormais de ne jamais m’adresser la parole. Je ne me soucie ni de vous ni de vos semblables. » Et il jetait un regard de défi vers Pitolet et Boissel. Maze avait soudain compris que la vraie force est dans le calme et l’ironie ; mais, blessé dans toutes ses vanités, il voulut frapper au coeur son ennemi, et reprit d’un ton protecteur, d’un ton de conseiller bienveillant, avec une rage dans les yeux : « Mon cher Lesable, vous passez les bornes. Je comprends d’ailleurs votre dépit ; il est fâcheux de perdre une fortune et de la perdre pour si peu, pour une chose si facile, si simple… Tenez, si vous voulez, je vous rendrai ce service-là, moi, pour rien, en bon camarade. C’est l’affaire de cinq minutes… »

C’est d’une terrible cruauté, n’est-ce pas ? Les hommes peuvent être d’une violence inouïe. L’affaire se finira par une provocation en duel. Voici la suite, qui vaut son pesant de cacahuètes.

Dès qu’il fut rentré chez lui, Lesable jeta violemment son chapeau sur la commode et cria vers sa femme : « J’en ai assez, moi. J’ai un duel pour toi, maintenant ! » Elle le regarda, surprise, irritée déjà.

– Un duel, pourquoi cela ?

– Parce que Maze m’a insulté à ton sujet.

 Elle s’approcha : « A mon sujet ? Comment ? » Il s’était assis rageusement dans un fauteuil. Il reprit : « Il m’a insulté… Je n’ai pas besoin de t’en dire plus long. » Mais elle voulait savoir : « J’entends que tu me répètes les propos qu’il a tenus sur moi. » Lesable rougit, puis balbutia : « Il m’a dit… il m’a dit… C’est à propos de ta stérilité. »

    Elle eut une secousse ; puis une fureur la souleva et la rudesse paternelle transperçant sa nature de femme, elle éclata : « Moi !… Je suis stérile, moi ? Qu’est-ce qu’il en sait, ce manant-là ? Stérile avec toi, oui, parce que tu n’es pas un homme ! Mais si j’avais épousé quelqu’un, n’importe qui, entends-tu, j’en aurais eu des enfants. Ah ! je te conseille de parler ! Cela me coûte cher d’avoir épousé une chiffe comme toi !… Et qu’est-ce que tu as répondu à ce gueux ? »

    Lesable, effaré, devant cet orage, bégaya : « Je l’ai… souffleté. »

    Elle le regarda, étonnée :

    – Et qu’est-ce qu’il a fait, lui ?

    – Il m’a envoyé des témoins. Voilà !

    Elle s’intéressait maintenant à cette affaire, attirée, comme toutes les femmes, vers les aventures dramatiques, et elle demanda, adoucie tout à coup, prise soudain d’une certaine estime pour cet homme qui allait risquer sa vie : « Quand est-ce que vous vous battez ? » Il répondit tranquillement : « Nous ne nous battons pas ; la chose a été arrangée par les témoins. Maze m’a fait des excuses. » Elle le dévisagea, outrée de mépris : « Ah ! on m’a insultée devant toi, et tu as laissé dire, et tu ne te bats point ! Il ne te manquait plus que d’être un poltron ! » Il se révolta : « Je t’ordonne de te taire. Je sais mieux que toi ce qui regarde mon honneur. D’ailleurs, voici la lettre de M. Maze. Tiens, lis, et tu verras. »

    Elle prit le papier, parcourut, le devina tout, et ricanant : « Toi aussi tu as écrit une lettre ? Vous avez eu peur l’un de l’autre. Oh ! que les hommes sont lâches ! Si nous étions à votre place, nous autres… Enfin, là-dedans, c’est moi qui ai été insultée, moi, ta femme, et tu te contentes de cela ! Ça ne m’étonne plus si tu n’es pas capable d’avoir un enfant. Tout se tient. Tu es aussi… mollasse devant les femmes que devant les hommes. Ah ! j’ai pris là un joli coco ! »

La haine s’installe dans le couple, chacun reprochant à l’autre l’infertilité qui s’est abattue sur eux. Et l’épouse est aussi d’une cruauté terrible. Extrait :

Debout devant lui, les mains sur les hanches, haute, forte, vigoureuse, la poitrine ronde, la face rouge, la voix profonde et vibrante, le sang colorant ses joues fraîches de belle fille, elle regardait, assis devant elle, ce petit homme pâle, un peu chauve, rasé, avec ses courts favoris d’avocat. Elle avait envie de l’étrangler, de l’écraser. Et elle répéta : « Tu n’es capable de rien, de rien. Tu laisses même tout le monde te passer sur le dos comme employé ! »

Le beau père y va aussi de son commentaire.

Cachelin déclara : « Si seulement on pouvait divorcer. Ça n’est pas agréable d’avoir épousé un chapon. »

Le temps passe, et le malaise s’installe. Maupassant le décrit très bien.

Mais leurs espérances toujours entretenues, toujours renouvelées, n’aboutissaient jamais à rien. De mois en mois leurs attentes déçues, malgré la persistance de Lesable et la bonne volonté de sa compagne, les enfiévraient d’angoisse. Chacun sans cesse reprochait à l’autre leur insuccès, et l’époux désespéré, amaigri, fatigué, avait à souffrir surtout de la grossièreté de Cachelin qui ne l’appelait plus, dans leur intimité guerroyante, que « M. Lecoq », en souvenir sans doute de ce jour où il avait failli recevoir une bouteille par la figure pour avoir prononcé le mot : chapon. Sa fille et lui, ligués d’instinct, enragés par la pensée constante de cette grosse fortune si proche et impossible à saisir, ne savaient qu’inventer pour humilier et torturer cet impotent d’où venait leur malheur.

A toute heure, à toute occasion, elle pensait à cela, piquait son mari d’un reproche, le cinglait d’une injure, le faisait seul coupable, le rendait seul responsable de la perte de cet argent qu’elle aurait possédé. Un soir enfin, perdant encore patience, il s’écria : « Mais, nom d’un chien ! te tairas-tu à la fin ? D’abord, c’est ta faute, à toi seule, entends-tu, si nous n’avons pas d’enfant, parce que j’en ai un, moi… » Il mentait, préférant tout à cet éternel reproche et à cette honte de paraître impuissant. Elle le regarda, étonnée d’abord, cherchant la vérité dans ses yeux, puis ayant compris, et pleine de dédain : « Tu as un enfant, toi ? » Il répondit effrontément : « Oui, un enfant naturel que je fais élever à Asnières. » Elle reprit avec tranquillité : « Nous irons le voir demain pour que je me rende compte comment il est fait. » Mais il rougit jusqu’aux oreilles en balbutiant : « Comme tu voudras. »

Elle se leva, le lendemain, dès sept heures, et comme il s’étonnait : « Mais n’allons-nous pas voir ton enfant ? Tu me l’as promis hier soir. Est-ce que tu n’en aurais plus aujourd’hui, par hasard ? » Il sortit de son lit brusquement : « Ce n’est pas mon enfant que nous allons voir, mais un médecin ; et il te dira ton fait. » Elle répondit, en femme sûre d’elle : « Je ne demande pas mieux. »

Arrive alors la visite chez le médecin, un pur régal. Les temps n’ont pas beaucoup changé, vous allez le constater vous même.

Ils entrèrent dans un salon blanc à filet d’or, mal meublé, qui semblait nu et inhabité malgré le nombre des sièges. Ils s’assirent. Lesable se sentait ému, tremblant, honteux aussi. Leur tour vint et ils pénétrèrent dans une sorte de bureau où les reçut un gros homme de petite taille, cérémonieux et froid. Il attendit qu’ils s’expliquassent ; mais Lesable ne s’y hasardait point, rouge jusqu’aux oreilles. Sa femme alors se décida, et, d’une voix tranquille, en personne résolue à tout pour arriver à son but : « Monsieur, nous venons vous trouver parce que nous n’avons pas d’enfants. Une grosse fortune en dépend pour nous. » La consultation fut longue, minutieuse et pénible. Seule Cora ne semblait point gênée, se prêtait à l’examen attentif du médecin en femme qu’anime et que soutient un intérêt plus haut.

Après avoir étudié pendant près d’une heure les deux époux, le praticien ne se prononça pas. « Je ne constate rien, dit-il, rien d’anormal, ni rien de spécial. Le cas, d’ailleurs, se présente assez fréquemment. Il en est des corps comme des caractères. Lorsque nous voyons tant de ménages disjoints pour incompatibilité d’humeur, il n’est pas étonnant d’en voir d’autres stériles pour incompatibilité physique. Madame me parait particulièrement bien constituée et apte à la génération. Monsieur, de son côté, bien que ne présentant aucun caractère de conformation en dehors de la règle, me semble affaibli, peut-être même par suite de son excessif désir de devenir père. Voulez-vous me permettre de vous ausculter ? » Lesable, inquiet, ôta son gilet et le docteur colla longtemps son oreille sur le thorax et dans le dos de l’employé, puis il le tapota obstinément depuis l’estomac jusqu’au cou et depuis les reins jusqu’à la nuque. Il constata un léger trouble au premier temps du coeur, et même une menace du côté de la poitrine. « Il faut vous soigner, monsieur, vous soigner attentivement. C’est de l’anémie, de l’épuisement, pas autre chose. Ces accidents, encore insignifiants, pourraient, en peu de temps, devenir incurables. » Lesable, blême d’angoisse, demanda une ordonnance. On lui prescrivit un régime compliqué. Du fer, des viandes rouges, du bouillon dans le jour, de l’exercice, du repos et un séjour à la campagne pendant l’été. Puis le docteur leur donna des conseils pour le moment où il irait mieux. Il leur indiqua des pratiques usitées dans leur cas et qui avaient souvent réussi.

La consultation coûta quarante francs.

Déjà des dépassements d’honoraires ! Franchement, cela ne vous rappelle rien, tout cela ? Nous si, puisque nous avons connu une grande période d’errance médicale avant de trouver notre « général Croquette » en qui nous avons toute confiance…

Evidemment, après un tel diagnostic, le mari sombre dans l’hypocondrie. Allez, on se fait plaisir, Mesdames, je suis sûre que vous avez un peu ce modèle à vos côtés. Voici donc la suite…

Lorsqu’ils furent dans la rue, Cora prononça, pleine de colère sourde et prévoyant l’avenir : « Me voilà bien lotie, moi ! » Il ne répondit pas. Il marcha dévoré de craintes, recherchant et pesant chaque parole du docteur. Ne l’avait-il pas trompé ? Ne l’avait-il pas jugé perdu ? Il ne pensait guère à l’héritage, maintenant, et à l’enfant ! Il s’agissait de sa vie ! Il lui semblait entendre un sifflement dans ses poumons et sentir son coeur battre à coups précipités. En traversant les Tuileries il eut une faiblesse et désira s’asseoir. Sa femme, exaspérée, resta debout près de lui pour l’humilier, le regardant de haut en bas avec une pitié méprisante. Il respirait péniblement, exagérant l’essoufflement qui provenait de son émotion ; et, les doigts de la main gauche sur le pouls du poignet droit, il comptait les pulsations de l’artère.

Il eut des bouteilles de pharmacien sur sa table, et il dosait, à chaque repas, les médicaments, sous les sourires de sa femme et les rires bruyants de son beau-père. Il se regardait dans la glace à tout instant, posait à tout moment la main sur son coeur pour en étudier les secousses, et il se fit faire un lit dans une pièce obscure qui servait de garde-robe, ne voulant plus se trouver en contact charnel avec Cora. Il éprouvait pour elle, maintenant, une haine apeurée, mêlée de mépris et de dégoût. Toutes les femmes, d’ailleurs, lui apparaissaient à présent comme des monstres, des bêtes dangereuses, ayant pour mission de tuer les hommes ; et il ne pensait plus au testament de tante Charlotte que comme on pense à un accident passé dont on a failli mourir.

Le temps passe, et devient source d’angoisses. Dans cette nouvelle, ce n’est pas l’horloge biologique qui est en cause mais bien l’exécution du testament dans le délai imposé. Maupassant le décrit très bien.

Des mois encore s’écoulèrent. Il ne restait plus qu’un an avant le terme final. Cachelin avait accroché dans la salle à manger un énorme calendrier dont il effaçait un jour chaque matin, et l’exaspération de son impuissance, le désespoir de sentir de semaine en semaine lui échapper cette fortune, la rage de penser qu’il lui faudrait trimer encore au bureau, et vivre ensuite avec une retraite de deux mille francs, jusqu’à sa mort, le poussaient à des violences de paroles qui, pour moins que rien, seraient devenues des voies de fait. Lesable, en effet, vivait plus séparé de sa femme que si aucun lien ne les eût unis. Il ne l’approchait plus, ne la touchait plus, évitait même son regard, autant par honte que par peur. Cachelin, chaque jour, demandait à sa fille : « Eh bien, ton mari s’est-il décidé ? » Elle répondait : « Non, papa. » Chaque soir, à table, avaient lieu des scènes pénibles. Cachelin sans cesse répétait : « Quand un homme n’est pas un homme, il ferait mieux de crever pour céder la place à un autre. »

Horrible. C’est alors que l’intrigue va rebondir. Le fameux collègue cruel à l’égard du mari se trouve invité par le beau-père, et on comprend au fil des pages qu’il devient l’amant de l’épouse. Et comme dans la nouvelle de Zola, le miracle s’accomplit : Madame est enceinte. Le beau-père est fou de joie, non pas d’avoir un petit-enfant, mais de pouvoir espérer le bénéfice de l’héritage. C’est un personnage absolument terrifiant. Extrait :

 Alors Cachelin, posant les deux mains sur les épaules de sa fille : « Tu es enceinte, hein ? » Elle balbutia : « Oui, je le crois. Depuis deux mois. » Elle n’avait point fini de parler qu’il bondissait d’allégresse ; puis il se mit à danser autour d’elle un cancan de bal public, vieux ressouvenir de ses jours de garnison. Il levait la jambe, sautait malgré son ventre, secouait l’appartement tout entier. Les meubles se balançaient, les verres se heurtaient dans le buffet, la suspension oscillait et vibrait comme la lampe d’un navire. Puis il prit dans ses bras sa fille chérie et l’embrassa frénétiquement ; puis, lui jetant d’une façon familière une petite tape sur le ventre : « Ah ! ça y est, enfin ! L’as-tu dit à ton mari ? » Elle murmura, intimidée tout à coup : « Non… pas encore… je… j’attendais. » Mais Cachelin s’écria : « Bon, c’est bon. Ça te gêne. Attends, je vais le lui dire, moi ! »

    Et il se précipita dans l’appartement de son gendre. En le voyant entrer, Lesable, qui ne faisait rien, se dressa. Mais l’autre ne lui laissa pas le temps de se reconnaître : « Vous savez que votre femme est grosse ? » L’époux, interdit, perdait contenance, et ses pommettes devinrent rouges. « Quoi ? Comment ? Cora ? Vous dites ?

    – Je dis qu’elle est grosse, entendez-vous ? En voilà une chance !

    Et dans sa joie, il lui prit les mains, les serra, les secoua, comme pour le féliciter, le remercier ; il répétait : « Ah ! enfin, ça y est. C’est bien ! c’est bien ! Songez donc, la fortune est à nous. » Et, n’y tenant plus, il le serra dans ses bras.

    Il criait : « Plus d’un million, songez, plus d’un million ! » Il se remit à danser, puis soudain : « Mais venez donc, elle vous attend : venez l’embrasser, au moins ! » et le prenant à plein corps, il le poussa devant lui et le lança comme une balle dans la salle où Cora était restée, debout, inquiète, écoutant.

    Dès qu’elle aperçut son mari, elle recula, étranglée par une brusque émotion. Il restait devant elle, pâle et torturé. Il avait l’air d’un juge et elle d’une coupable. Enfin il dit : « Il paraît que tu es enceinte ? » Elle balbutia d’une voix tremblante : « Ça en a l’air. » Mais Cachelin les saisit tous les deux par le cou et il les colla l’un à l’autre, nez à nez, en criant : « Embrassez-vous donc, nom d’un chien ! Ça en vaut bien la peine. » Et, quand il les eut lâchés, il déclara, débordant d’une joie folle : « Enfin, c’est partie gagnée ! Dites donc, Léopold, nous allons tout de suite acheter une propriété à la campagne. Là, au moins vous pourrez remettre votre santé. » A cette idée, Lesable tressaillit. Son beau-père reprit : « Nous y inviterons M. Torchebeuf avec sa dame, et comme le sous-chef est au bout du rouleau, vous pourrez prendre sa succession. C’est un acheminement. » Lesable voyait les choses, à mesure que parlait Cachelin ; il se voyait lui-même, recevant le chef, devant une jolie propriété blanche, au bord de la rivière. Il avait une veste de coutil, et un panama sur la tête. Quelque chose de doux lui entrait dans le coeur à cette espérance, quelque chose de tiède et de bon qui semblait se mêler à lui, le rendre léger et déjà mieux portant.

Avouons que nous avons connu cette légèreté pendant 48 heures il y a à peine quelques jours, lorsque nous avons cru, bien naïvement, que nous pouvions espérer voir le bout du tunnel… On se sent pousser des ailes, on se sent léger, délivré. Bon, vous connaissez la suite.

Revenons à Maupassant. Le couple se rabiboche, mais il faut avouer que cela ne fait pas rêver tant Madame paraît vénale…

Il fut bien surpris, en s’éveillant, de trouver Cora dans ses bras. Elle ouvrit les yeux, sourit, et l’embrassa avec un élan subit, plein de gratitude et d’affection. Puis elle lui dit, de cette voix douce qu’ont les femmes dans leurs câlineries : « Si tu veux être bien gentil, tu n’iras pas aujourd’hui au ministère. Tu n’as plus besoin d’être si exact, Puisque nous allons être très riches. Et nous partirions encore à la campagne, tous les deux, tout seuls. » Il se sentait reposé, plein de ce bien-être las qui suit les courbatures des fêtes, et engourdi dans la chaleur de la couche. Il éprouvait une envie lourde de rester là longtemps, de ne plus rien faire que de vivre tranquille dans la mollesse. Un besoin de paresse inconnu et puissant paralysait son âme, envahissait son corps. Et une pensée vague, continue, heureuse, flottait en lui : Il allait être riche, indépendant.

    Mais tout à coup une peur le saisit, et il demanda tout bas, comme s’il eût craint que ses paroles fussent entendues par les murs : « Es-tu bien sûre d’être enceinte, au moins ? » Elle le rassura tout de suite : « Oh ! oui, va. Je ne me suis pas trompée. » Et lui, un peu inquiet encore, se mit à la tâter doucement. Il parcourait de la main son ventre enflé. Il déclara : « Oui, c’est vrai – mais tu ne seras pas accouchée avant la date. On contestera peut-être notre droit. » A cette supposition une colère la prit. – Ah ! mais non, par exemple, on n’allait pas la chicaner maintenant, après tant de misères, de peines et d’efforts, ah, mais non ! – Elle s’était assise, bouleversée par l’indignation. « Allons de suite chez le notaire », dit-elle.

Retour alors chez le médecin, encore un grand moment.

Mais il fut d’avis de se procurer d’abord un certificat de médecin. Ils retournèrent donc chez le docteur Lefilleul. Il les reconnut aussitôt et demanda : « Eh bien, avez-vous réussi ? » Ils rougirent tous deux jusqu’aux oreilles, et Cora, perdant un peu contenance, balbutia : « Je crois que oui, monsieur. » Le médecin se frottait les mains : « Je m’y attendais, je m’y attendais. Le moyen que je vous ai indiqué ne manque jamais, à moins d’incapacité radicale d’un des conjoints. » Quand il eut examiné la jeune femme il déclara : « Ça y est, bravo ! »

Il ne leur reste plus qu’à se rendre chez le notaire. Et on finit en beauté…

Léopold eut une idée : « Tu ferais peut-être bien, avant d’aller chez le notaire, de passer une ou deux serviettes dans la ceinture, ça tirera l’oeil et ça vaudra mieux. Il ne croira pas que nous voulons gagner du temps. » Ils rentrèrent donc, et il déshabilla lui-même sa femme pour lui ajuster un flanc trompeur. Dix fois de suite il changea les serviettes de place, et il s’éloignait de quelques pas afin de constater l’effet, cherchant à obtenir une vraisemblance absolue. Lorsqu’il fut content du résultat, ils repartirent, et dans la rue il semblait fier de promener ce ventre en bosse qui attestait sa virilité. Le notaire les reçut avec bienveillance. Puis il écouta leur explication, parcourut de l’oeil le certificat, et comme Lesable insistait : « Du reste, monsieur, il suffit de la voir une seconde », il jeta un regard convaincu sur la taille épaisse et pointue de la jeune femme.

    Ils attendaient, anxieux ; l’homme de loi déclara : « Parfaitement. Que l’enfant soit né ou à naître, il existe, et il vit. Donc, nous sursoierons à l’exécution du testament jusqu’à l’accouchement de madame. » En sortant de l’étude, ils s’embrassèrent dans l’escalier, tant leur joie était véhémente.

Nous arrêtons là ce long billet, en espérant vous donner envie de lire la nouvelle intégralement.

Merci encore à Simone pour son post qui nous a bien diverti, ce qui n’est pas gagné en ce moment. La littérature est un refuge. Mettre des mots, sourire de nos malheurs, c’est notre thérapie…

Prenez soin de vous tous. Grosses pensées pour Fortuna et Violette…

Des nouvelles du front – II

La scène se déroule dans le bureau de l’état major, où sont réunis le Général Croquette et les colonels ICSI PARI. Un militaire, le Sergent Labo, entre en scène.

Le sergent labo – Mon général, voici le premier relevé GPS du soldat tchèque, comme vous me l’avez demandé.

Un silence pesant s’installe. Les visages sont crispés. Le général Croquette décachette l’enveloppe avec nervosité.

Général Croquette : A 10 jours, le relevé GPS indique que notre soldat tchèque a gravi 114 mètres dans la colline des bêta HCG !

Les colonels ICSI PARI se regardent, et arborent un large sourire, les yeux humides.

Colonel ICSI – Bon sang, notre homme est en train de réaliser un exploit ! C’est incroyable ! Personne n’est jamais monté aussi haut sur la colline en si peu de temps !!

Colonel PARI – Mon général, êtes-vous sûr que c’est le bon relevé ?

Général Croquette – Bien sûr ! Ah, les gars de la légion étrangère, ce ne sont pas des lopettes, pas vrai ! Ils ont du muscle ! De la vigueur !

Colonel ICSI – Bon sang, on pourrait remporter la bataille de la colline des bêta HCG, alors ? Oh la la, je me vois déjà défiler sur les champs pour la victoire finale ! Un beau défilé militaire, où la foule hurlerait sa joie ! Colonel PARI, on peut enfin y croire, notre soldat tchèque est notre sauveur !

Colonel PARI –  La guerre prendrait fin, avec son lot de drames, et on ferait une quille d’enfer !

Général Croquette – Cela pourrait en prendre le chemin. Mais du calme, attendons encore. Sergent labo ?

Sergent labo – oui ?

Général Croquette – Faites nous un 2ème relevé GPS dès que possible. L’ennemi est redoutable. Notre soldat s’accroche mais le terrain est très hostile sur la colline des bêta HCG.

Sergent Labo – Très bien mon général.

Dans le bureau, notre état major se congratule et se prend à rêver pour la première fois depuis le début de la guerre.

Quelques temps plus tard, le sergent labo revient avec de nouveaux résultats.

Sergent Labo – Voici le positionnement du soldat tchèque depuis 48 heures, mon général.

Le Général Croquette – Faites voir cela.

Son visage se ferme. Puis il annonce, d’une voix tremblante : 122.

Le Colonel ICSI – comment cela, 122 ?!

Le Général Croquette – Oui, il n’y a pas d’erreur. 122. A peine 8 de plus. La mission a échoué. Il a vraisemblablement sauté sur une mine, ce qui explique cette très légère progression.

Un silence de mort s’installe. Des larmes coulent sur les visages des colonels ICSI et PARI. 

Le Général Croquette – Colonels, on a perdu une bataille, mais pas encore la guerre.  Notre soldat tchèque a montré la robustesse et la vaillance de son armée. Nous pouvons en être fier. Il y a des réservistes en Sibérie. Il faudra faire appel à eux.

Le colonel ICSI, d’une voix très faible – Oui mon général.

Le Général Croquette – Sergent Labo, faites un dernier relevé GPS pour confirmer que notre soldat tchèque est bien « delta charlie delta ».

Le sergent labo – Très bien mon général.

Nous laissons ici notre état major, groggy par ces nouvelles. Au loin, dans le cimetière militaire, un fossoyeur de rêves s’active déjà.

C’est moche, la guerre.

Des nouvelles du front

La scène se déroule sur un champ de bataille, près d’Austerlitz, au sud de la Moravie. Dans un épais brouillard, des soldats patientent dans leur tranchée avant le combat. Les bombes pleuvent de toutes parts, les balles sifflent aux oreilles des combattants. Il y a déjà beaucoup de blessés à terre.

Un peu plus en retrait, l’état-major, constitué du Général Croquette et des colonels Icsi et Pari, guide les opérations. Autour d’une table, ces trois personnages discutent de stratégie militaire en se concentrant sur une carte sur laquelle figurent des pions multicolores.

Général Croquette – Bien, cette fois, on y est ! La bataille va pouvoir commencer.

Colonel Icsi – Oui mon général. Nos soldats sont reposés, et la météo est à notre avantage : on annonce une légère éclaircie sur la région de l’endomètre.

Général Croquette – Parfait. Avez-vous fait venir notre bataillon de la légion étrangère ?

Colonel Pari – Oui mon général. Une armée de Tchèques plus robustes que jamais. Ah ça, c’est autre chose que nos vieux soldats plein de rhumatismes qui se faisaient tirer comme des canards !

Flash Back – La scène se déroule dans un cimetière militaire. L’armée, en grande tenue, rend hommage à ses héros. Un général égraine leurs noms.

Le général – Bataillon des zoïdes atypiques, section IAC

Les militaires – MORTS AU COMBAT

Le général – 1er régiment des ovocytes fécondés, section FIV 1

Les militaires – MORTS AU COMBAT

Le général – 2è groupement des embryons fragmentés, section FIV 2

Les militaires – MORTS AU COMBAT

Le général – 3è compagnie des embryons transférés, section FIV 3

Les militaires – MORTS AU COMBAT

Le général – 4è escadron des embryons mal fagotés, section FIV 4

Les militaires – MORTS AU COMBAT

Un long silence s’installe. Puis sonne le clairon pendant la levée d’un drapeau sur lequel figure une éprouvette blanche sur un fond rouge. 

Fin du flash-black.

Général Croquette – L’armée tchèque est redoutable, vous savez. C’est notre botte secrète ! J’ai remporté de grandes batailles avec eux. Bon, il est vrai que j’ai connu autrefois un soldat Chveik qui était un ivrogne notoire et un crétin patenté. On a même cru que c’était un simulateur, et on l’a mis entre les mains du médecin militaire Grunstein, sans résultat. Mais c’est l’exception : l’armée tchèque est connue pour être la plus loyale au combat.

Colonel Icsi – Oui, ils nous ont déjà impressionnés par leur robustesse. Pour l’heure, nous envoyons leur meilleur soldat au front. Nous ferons appel aux réservistes en cas de besoin.

Général Croquette – Très bien. Vous avez suivi mes ordres. Il vaut mieux un bon agent infiltré dans les lignes ennemies qu’une escouade qui risque de faire des dommages collatéraux.

Colonel Pari – Les ordres sont les ordres, mon général.

Général Croquette – Bien, alors voici le plan (le général prend une baguette télescopique pour montrer les sites stratégiques). La première mission de notre soldat tchèque sera de gravir la côte des bêtas HCG.

Colonel Icsi, la gorge nouée – Mais mon général, personne n’a jamais réussi à gravir cette colline ! Notre dernier soldat qui s’y est essayé a fait à peine 64 mètres avant de glisser lamentablement !

Général Croquette – Colonel Icsi, aucune autre voie n’est possible. Si on ne passe pas la colline, on perd le combat. Et il faudra faire appel aux réservistes, jusqu’au dernier s’il le faut.

Colonel Pari – Très bien mon général. Et ensuite ?

Général Croquette – Ensuite, du haut de la colline, arrivé au camp de base, il faudra atteindre le poste d’observation échographique pour contrôler l’évolution des troupes. Et là, on verra si notre armée a du cœur et des chances de nous faire gagner la guerre.

Colonel Pari – Mais la maternité n’est pas sur la carte, mon général ?

Général Croquette – Chaque chose en son temps, Colonel. Un combat après l’autre. La maternité, c’est la prise ultime, la victoire finale, mais elle est encore à des kilomètres de la ligne du front.

Colonel Pari – Général, voulez-vous faire le bilan du stock des munitions ?

Général Croquette – Si vous le voulez. Stock de patchs ?

Colonel Pari – Check.

Général Croquette – Stock de cortandyl ?

Colonel Pari – Check

Général Croquette – Stock d’aspegic ?

Colonel Pari – Check.

Général Croquette – Stock de vitamines ?

Colonel Pari – Check.

Général Croquette – Stock de progestérone ?

Colonel Pari – Check.

Général Croquette – stock de nifrédipine ?

Colonel Icsi, laissant éclater un fou rire qu’il contenait jusque là – TCHEQUE !

Les colonels Icsi et Pari sont hilares, et peinent à retrouver leur calme.

Général Croquette – Vous trouvez cela drôle ?

Colonel Icsi – Excusez nous mon général, c’est nerveux. Cela nous rend très fébrile, cette bataille. Les combats durent depuis tant d’années, et on est toujours sur la même ligne de front.

Général Croquette – Bon. Vous êtes excusés. C’est aussi cela, la guerre, cette franche camaraderie des combattants, pas vrai ?

Colonel Icsi – Oui mon général !

Général Croquette – Bien. On va pouvoir lancer les opérations maintenant. Du courage, combattants !

Travelling arrière, le champ de bataille disparaît dans l’épais brouillard. Toutes les liaisons radios sont coupées.

Ce billet a été inspiré par le roman de Jaroslav Hasek, « Le brave soldat Chveïk ».

Merci à tous pour vos gentils messages. Nous donnerons des nouvelles à ceux qui le souhaitent dans les prochaines semaines. Pour l’heure, nos combattants sont trop mobilisés pour vous lire, et se tiennent éloignés de la blogo. Prenez soin de vous.