Ignobels 2017

Amis lecteurs, bonjour !

Avant que ce blog ne tombe définitivement dans les limbes de l’oubli faute d’être alimenté par des canards en mal d’inspiration, nous espérons vous divertir encore un peu en vous livrant le dernier cru des « Ignobels » ! Les plus fidèles d’entre vous se sont déjà régalés par le passé de cette parodie des Prix Nobel décernés aux recherches les plus loufoques (bien que très sérieuses et publiées dans de vraies revues scientifiques). Vous avez aimé le best of volume 1 ? Le best of volume 2 ? Ou plus récemment le cru 2016 ?  Et bien voici les vendanges de septembre 2017 !

Soyons chauvin, commençons par les lauréats français avec le prix de physique décerné à Marc-Antoine Fradin pour avoir tenté de répondre à la question « Un chat peut-il être à la fois solide et liquide ? » grâce à la mécanique des fluides. Recherche publiée dans le « Rheology Bulletin » qui nous laisse très songeur sur la méthodologie employée… On imagine les chercheurs en blouses blanches en train de courir après l’objet de leur étude (reviens, minou, c’est pour rigoler !) Encore un pari idiot un soir de beuverie, non ?! Ceci dit, je pense que les chercheurs s’en sont sortis avec des balafres dignes des personnages de Pirates des Caraïbes, le chat n’étant pas l’animal le plus docile au monde…

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Le chat testé a mal tourné…

 

Autre prix récompensant un chercheur français, le prix de médecine (quand on vous dit que l’on a la meilleure médecine du monde, il faudrait un peu arrêter de se plaindre et de se barrer faire des traitements à l’étranger…) qui a été attribué à Jean-Pierre Royet, David Meunier, Nicolas Torquet, Anne-Marie Mouly et Tao Jiang. Leurs travaux (publiés dans Frontiers in Human Neuroscience) portent sur les mécanismes cérébraux sous-jacents à l’aversion que certaines personnes ont pour les fromages qui puent. Bon. Voilà une équipe de recherche qui refusait de choisir entre le fromage et le dessert à la cantoche, ce qui explique peut-être ce sujet de recherche digne de la série Big Bang Theory… Cela fait avancer l’humanité, moi je vous l’dis !

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Vous aussi, aidez la recherche…

 

Autre prix particulièrement insolite et qui ravira les Pmettes dont le conjoint fait partie du club des ronfleurs (de toute façon, la Pmette est insomniaque depuis que l’infertilité a frappé à sa porte pour lui pourrir la vie, elle n’est donc plus à cela près). Le prix de la paix a ainsi été attribué à Milo Puhan, Alex Suarez, Christian Lo Cascio, Alfred Zahn, Markus Heitz et Otto Braendli pour avoir démontré l’efficience de la pratique quotidienne du didgeridoo sur le traitement de l’apnée du sommeil et du ronflement. Qu’est-ce que c’est ? Un magnifique instrument arborigène  que vous allez vous empresser de vouloir acheter…

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On suppose que l’un des chercheurs a fait un post-doctorat en Australie, a ramené un joli souvenir avec cet instrument « typique » (pas facile à transporter, entre nous, mais le chercheur ne s’arrête pas à ce genre de problème), instrument qu’il a testé sur les ronflements de son voisin un soir de craquage… A quoi ça tient, la recherche !

Le prix d’économie n’est pas mal non plus. Il a été attribué à Matthew Rockloff et Nancy Greer pour avoir montré qu’avoir un contact avec un crocodile vivant (précision qui a son importance) augmente la volonté de parier de l’argent (Journal of Gambling Studies). Nous savions que la fréquentation assidue des requins générait des comportements déviants, mais nous allons maintenant aussi éviter les crocrocro – les crocrodiles…

 

Sinon, voilà un prix dont vous pourrez parler à la pause café : le prix de dynamique des fluides attribué à Jiwon Han pour son étude sur le café qui coule des tasses lorsque l’on marche à reculons (recherche publiée par Achievements in the Life Sciences). C’est vrai que c’est drôlement plus fun de marcher à reculons avec une bonne tasse de café bien remplie (et bien chaude), histoire de mettre un peu de piquant dans sa vie… On s’ennuie dur, dans les labos, il faut croire !

Revenons à des thèmes plus médicaux avec le prix d’anatomie attribué à James Heathcote pour sa recherche sur les raisons qui font que les hommes âgés ont de grandes oreilles (revue BMJ). Je sens poindre les commentaires salaces, alors je n’ajouterai rien.

Le Prix de biologie a également été attribué à Kazunori Yoshizawa, Rodrigo Ferreira, Yoshitaka Kamimura et Charles Lienhard pour avoir découvert un pénis féminin et un vagin masculin sur un insecte vivant dans une grotte. Oui oui, vous avez bien lu, un pénis féminin, et un vagin masculin. C’est vraiment du grand n’importe quoi, ces insectes. Je comprends mieux que l’on se mette à les manger…

D’ailleurs relevons le prix de nutrition attribué à Fernanda Ito, Enrico Bernard et Rodrigo Torres pour avoir découvert la première preuve de la présence de sang humain dans le régime alimentaire de la chauve-souris à pattes velues (Diphylla ecaudata). Ah, là, on rigole moins, pas vrai ! Pour Halloween, pensez donc à demander à la chauve-souris qui frappe à votre porte ses papiers d’identité, cela vous évitera des problèmes (encore que, si la chauve-souris livre direct au labo la cargaison de sang prélevé, cela pourrait simplifier la vie des pmettes…)

Allez, finissons en beauté avec le « prix d’obstétrique » attribué à Marisa López-Teijón, Álex García-Faura, Alberto Prats-Galino et Luis Pallarés Aniorte pour avoir montré que les foetus réagissent mieux à la musique diffusée si elle l’est à partir de l’intérieur du vagin plutôt qu’à travers le ventre. Je pense que l’idée est venue d’une Pmette en mal d’échographie endo-vaginale (c’est que l’on devient accro, comme chacun le sait) lorsque sa grossesse tant attendue est arrivée. Comme une mauvaise habitude qui a été prise, notre pmette a eu tendance à vouloir sonder plein de trucs dans son vagin. Et c’est là que cela a dérapé… Ceci dit, si cela tente certaines qui viennent de monter dans le train de la grossesse, il paraît que le dispositif est breveté et serait en vente. A vous de voir. Nous, nous aurions eu trop peur que le petit habitant ne se plaigne du bruit et déménage illico. Cela aurait été couillon, avec le mal que l’on s’était donné à améliorer la déco intérieure…

Bon, une fois encore, vous ne nous croyez pas ? Alors pour revoir la cérémonie complète (et l’attribution des prix dès la 14e minute), cela se passe ici…

A bientôt amis lecteurs !

 

On n’oublie rien, de rien…

La scène se passe dans le cerveau de Mme Icsi, dans un décor un peu étrange qui évoque le mobilier des appartements privés de l’Elysée au temps de Pompidou. Des personnages qui semblent incarner des neurones s’affairent à classer des dossiers autour d’une table.

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Neurone 1 – Non mais quel merdier ces boîtes à souvenirs ! Dommage que l’on ne puisse rien jeter parce que ça prend de plus en plus de place…

Neurone 2 – En même temps, c’est notre job de stocker tout ça, et ce malgré la compression de personnel d’année en année. Il est loin le temps où l’on embauchait à tour de bras ! Enfin bon… Quand je pense que notre canette croyait qu’elle allait oublier les années PMA, c’était mal nous connaître !

Neurone 1 – A force de s’entendre dire « tu verras, tu oublieras tout quand votre caneton sera là », elle aurait presque fini par y croire.

Neurone 2 – Quelle naïve, je te jure. On ne la refera pas.

Neurone 1 – Bon alors, voyons un peu ce qu’il y a dans ce carton « une grossesse après 7 ans d’attente ». Et ben, c’est sacrément rempli !

Neurone 2 – Il y a du boulot pour le classement…

Les Neurones s’affairent à sortir les souvenirs un par un de cet immense carton.

Neurone 1 – Oulala, c’est collant, ça ! Voilà un souvenir très sucré, on dirait de la guimauve !

Neurone 2 – Qu’est-ce que c’est ?

Neurone 1 – C’est son premier et unique bon souvenir chez leur médecin, le Général Croquette, quand les canards ont entendu battre un petit cœur pour la première fois au cours de la première échographie de contrôle. Le canard a fait un malaise, et la canette se demandait si c’était bien d’elle dont on parlait, étant plus habituée aux mauvaises nouvelles. Elle n’était pas vraiment émue, mais totalement incrédule, comme en état de choc, n’ayant jamais seulement imaginé vivre cette scène. Pas de larme, juste une sidération. Le général Croquette, au contraire, était euphorique, trop heureuse d’avoir remporté une sacrée bataille !

Neurone 2 – Tiens, voilà un autre souvenir qui lui est collé : en sortant de la salle d’examen, la canette était gênée de croiser les regards d’autres couples, dont elle devine le stress ou la peine. Il a fallu attendre d’être sur le trottoir pour que les canards se prennent dans les bras l’un de l’autre, ne croyant toujours pas ce qu’ils venaient de voir et d’entendre.

Neurone 2 – Ces beaux souvenirs, je sens qu’ils vont rester stocker jusqu’à la fin de ces jours dans nos archives. D’ailleurs ils collent tellement au carton qu’on n’est pas prêt de s’en débarrasser. Bon, j’en prends un autre. Aïe, ça pique !

Neurone 1 – Ah, celui-là, c’est dans la salle d’attente d’un gynécologue « classique ». Notre canette est entourée de femmes enceintes et elle ressent toujours un malaise, comme si elle s’était trompée de salle et qu’on allait lui dire de retourner au bout du couloir. Elle les regarde, en enviant leur légèreté, leur confiance en l’avenir, elle qui imagine toujours le pire.

Neurone 2 – Tiens, j’en ai classé d’autres hier, des souvenirs du même genre. Visiblement, la canette ressent toujours un pincement en voyant une femme enceinte. Bien sûr, ce n’est plus le coup de poing dans le bide qui lui coupait le souffle, c’est juste comme le tiraillement d’une cicatrice qu’elle gardera toute sa vie.

Neurone 1 – Bon, encore un autre souvenir qui pique : « préparation à la naissance ». La canette ne veut pas de cours collectifs, elle se sent définitivement différente, bien plus vieille que la moyenne, et elle sait qu’elle ne supportera pas les plaintes des autres femmes sur leurs nausées, leurs jambes lourdes et j’en passe… La sage femme semble la comprendre, elle qui a accompagné beaucoup de couples infertiles.

Les neurones continuent de fouiller dans les caisses à souvenirs.

Neurone 2 – Et voilà encore des souvenirs qui pincent ! C’est à chaque fois la canette qui découvre aux toilettes qu’elle saigne, et qui file aux urgences avec son canard totalement paniqué. Il y en a un paquet de ces souvenirs, ils ne se sont pas ennuyés, dis donc ! Pas étonnant qu’elle ait été traumatisée et qu’elle se soit encore longtemps demandée après la naissance si elle saignait à chaque écoulement suspect !

Neurone 1 – Ah, voilà un souvenir qui brille cette fois ! La première rencontre de la canette avec son caneton, quelques heures après la naissance par césarienne. Les larmes coulent, enfin, elle qui s’est contenue de longs mois, et qui attendait ce moment depuis de si longues années ! Elle pense à la chanson « Cécile » de Nougaro : « lequel est le plus étonné des deux ? » Le début d’une longue histoire…

Neurone 2 – Tiens, ce souvenir là n’est pas mal non plus. C’est la première sortie de la canette avec une poussette. Elle repense à toutes ces années où cette simple vision la déprimait. Elle s’installe à la terrasse d’un café et observe autour d’elle si elle ne blesse personne. Trop peur de tordre le cœur à une camarade de galère toujours dans la bataille ou définitivement blessée. Un réflexe qui demeure, visiblement.

Neurone 1 – Tiens, c’est comme celui-là, de souvenir : la canette explique à ses amies pourquoi elle ne veut pas d’autocollant « bébé à bord » sur la voiture des vacances. Le nombre de fois où elle s’est énervée sur cette manie qu’ont les parents d’exposer leur nouveau statut ! Et puis quoi, il faudrait être vigilant avec des voitures avec bébé mais rouler comme des fous et mettre en danger les conducteurs de voitures « ordinaires  » ? La canette ne comprend toujours pas l’intérêt de ce sticker.

Neurone 2 – Elle a l’air sacrément en colère, d’ailleurs ! On sent que ce foutu autocollant a dû lui miner le moral un paquet de fois.

Neurone 1 – Bon, allez, ce n’est pas le tout, trêve de bavardage : il y a tout un stock de souvenirs qui viennent d’arriver et qu’il faut encore classer.

Neurone 2 – Tu veux parler de ces cartons de couleur bleu ciel doucement parfumés ?

Neurone 1 – Exactement ! Allez au boulot, et cette fois, c’est à classer au rayon  « bonheur ».

Le rideau se ferme sur cette scène, avec en musique de fond la chanson de Brel : « On oublie rien, de rien, on s’habitue, c’est tout »…

 

 

Merci, Adriana.

Adriana, je voudrais te dire merci. Lorsque j’ai lu chez ma coiffeuse ton interview dans un magazine people dans lequel tu parlais de ton désir d’enfant et de ce bébé qui ne venait pas, j’ai tout de suite compris de quoi tu parlais. J’avais un point commun avec toi, toi qui m’étais déjà sympathique. Tu expliquais le dernier échec d’un traitement, sans doute en FIV, cette grossesse qui s’est arrêtée, le fait que tu avais alors envie de pleurer à chaque fois que tu croisais une femme enceinte ou avec un bébé dans les bras. Tu expliquais que tu pensais faire encore une tentative avant de te tourner vers l’adoption. C’est sacrément courageux, dis donc, parce qu’en exposant ainsi la partie la plus intime de ta vie, j’entends déjà les conversations de Mme Toutlemonde : « elle n’avait qu’à y penser plus tôt, voilà ce qui arrive quand on privilégie sa carrière »…

Je ne sais pas si tu le perçois, mais en te livrant ainsi, tu œuvres beaucoup pour la cause des femmes infertiles. Parce que personne ne doute de ta féminité bien que tu ne sois pas mère, et quelle femme tu es ! Parce que tu expliques simplement les choses, sans tabou, sans pathos non plus. Parce que beaucoup de femmes, en lisant ce simple témoignage, se sentiront moins seules.

Alors Adriana, je te souhaite qu’il vienne vite, cet enfant, d’une manière ou d’une autre, et que tu offres à nouveau de beaux témoignages dans les journaux de ma coiffeuse.

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Je l’ai fait.

Amis lecteurs, bonjour !

Il est temps de passer aux aveux : ça y est, je l’ai fait. Après des années durant lesquelles ce magazine m’agressait dans tous les « relais H » des gares et aéroports que je fréquente, j’ai sauté le pas : j’ai acheté le mensuel  « Parents ». Le temps était venu de sonder enfin le contenu de ce magazine dont le seul titre me broyait le cœur, avec un bébé joufflu qui me narguait chaque mois l’air de dire « hé hé, ce n’est pas pour toi, la canette ! ».

Comme vous le devinez, « Parents » est destiné à ceux dont la parentalité est une passion et dont la progéniture a déjà le statut de Dieu vivant. Comme dirait Dubosc dans l’un de ses sketchs, leurs bébés ne font pas caca, ils font des offrandes. Ils ne vomissent pas, ils partagent. Et donc fort logiquement, la « une » du magazine cible ce public avec le thème du mois : « votre bébé est un génie ! ».

Pour une ancienne nullipare galérienne de la PMA (mais vous connaissez le dicton, « infertile un jour, infertile toujours »…), la lecture de ce magazine se révèle très « irritante », et c’est peu de le dire.

D’abord, Messieurs, sachez-le, il va falloir arrêter de vous plaindre à chaque spermogramme, car le spermo, c’est tendance. Au titre des actus, le magazine nous apprend en effet que l’on pourra bientôt mesurer la fertilité masculine grâce à son smartphone. Cela fonctionnerait avec une pipette électronique jetable que l’on glisserait dans un boîtier optique connecté au smartphone. En 5 secondes, on vous donnerait la mobilité et le nombre de bestioles dans la précieuse semence. La PMA en version mobile, c’est la class. On va bientôt être plus à la mode que les fertiles, moi je vous le dis…

Dans le même genre, l’innovation du mois selon ce magazine, c’est « Ava », le bracelet connecté qui vous aide à faire un bébé. Cette fois c’est pour nous, Mesdames. Le système fonctionne avec une connection bluetooth (mince, moi qui croyais que les ondes étaient mauvaises pour nos gamètes…), qui transmet via une appli 9 paramètres dont le rythme cardiaque, la température, l’afflux sanguin … Votre super bracelet à porter jour et nuit vous prévient alors du commencement de la période d’ovulation. Conclusion du magazine : « Ava permet d’anticiper et de laisser aussi plus de temps au couple pour concevoir un bébé, sans être stressé. » La bonne blague ! Bon nombre d’entre nous, après des cycles qui se sont enchaînés sans grossesse, ont déjà connu les joies des tests d’ovulation et leur portée sur la vie de couple : l’enfer du câlin efficace et programmé… J’ai donc comme l’intuition que le bracelet connecté sera plus fun encore. Cela vous coûtera tout de même 249 euros, ce qui est l’équivalent de plusieurs consultations chez notre général Croquette avec cette fois une efficacité testée et approuvée !

Mais le coup fatal pour une pmette, c’est le billet du mois dont le thème est « 8 choses que les non-parents ne devraient jamais dire aux parents ». C’est la rubrique des parents qui se plaignent du regard des autres ne comprenant pas qu’ils adorent leurs enfants et qu’ils sont débordés. Le point 4 est le plus savoureux : « on fait un brunch dimanche, mais c’est sans enfants ». Horreur absolue, à ne jamais dire aux parents. Cela énerve, non ?! Il n’est pas utile ici de dire combien nous sommes fous d’amour pour notre caneton, notre petit miracle, mais nous avons pleinement conscience que s’il est le centre de notre monde, il n’est pas pour autant celui des autres. Et nous comprenons ô combien nos amis, dont certains sont d’ailleurs en galère pma, s’ils n’ont pas envie de nous voir en tribu mais simplement entre adultes qui parlent d’autre chose que de leurs rejetons. Bref, à lire ce magazine, il y aurait deux mondes : celui des parents et celui des non-parents, définitivement inconciliables, puisque l’individu ne se définit quasiment que par cela : la parentalité. C’est bien ce que nous ressentions si durement pendant notre long parcours. Si tu n’es pas parent, tu vis en dehors du monde… A la douleur du ventre vide s’ajoute la mise à l’écart de nos amis, de nos proches, de manière insidieuse.

Cerise sur le gâteau, le témoignage du mois est consacré à l’arrivée d’un bébé miracle. Voici le sommaire : « Après sept ans sans contraception, et l’annonce de sa stérilité, Réjane savait qu’elle ne deviendrait jamais mère. Mais un voyage en Himalaya et la rencontre d’un médecin tibétain a tout changé ! ». Vous sentez venir la discussion à la prochaine pause-café au boulot, rapport à la cousine qui n’y pensait plus et, paf, bébé arrive ?? Allez, on part tous en voyage au Tibet, vous verrez, cela va nous débloquer plus efficacement que toutes ces piqûres, ces opérations et ces traitements en tout genre ! Parents Magazine ou l’art de culpabiliser les infertiles, alors que nous savons tous combien de facteurs entrent en ligne de compte dans la reproduction, et que le facteur « psy », d’ailleurs impossible à mesurer, est loin d’être le facteur décisif…

 

Alors amis lecteurs, il ne reste plus qu’à faire un magazine PMA, et avec un couple sur six qui galère pour concevoir, il y a un marché. A bon entendeur !

Explique moi la PMA

Amis lecteurs, bonjour !

Nous vous proposons aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle rubrique de notre blog, la rubrique Explique moi la PMA. L’idée nous est venue à la suite d’un billet de Fortuna au sujet des livres pour enfants tentant d’expliquer la PMA et qui ne correspondent pas toujours à nos attentes, surtout en cas de don de gamètes. Toutefois, nous autres infertiles savons bien qu’il n’y a pas qu’aux enfants qu’il faut expliquer la PMA tant notre entourage peut se révéler maladroit et blessant avec des questions idiotes (on ne vous l’a pas fait, à vous, le coup du « et c’est la faute de qui si vous ne pouvez pas avoir de bébé ? »… Cela fait mal, hein ?! ).

 

Les galériens de la PMA que nous avons été sont certes sortis de cette phase de leur vie (et sans doute définitivement même s’il ne faut jamais dire jamais…) mais ils se sont jurés d’être les zorros des infertiles, les vengeurs masqués de tous les blessés qui n’ont pas la force de répondre aux imbécilités entendues ici ou là et qui font tellement mal.

 

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Merci canard zorro…

Force est de constater que lorsque l’on est dans le combat, on n’a pas toujours la force ou l’envie de répondre. Quand on a l’immense chance d’en être sorti avec un caneton dans les bras, on retrouve l’énergie de faire ce que l’on pourrait appeler de la « pédagogie ». Plus ou moins musclée, la pédagogie, c’est vrai… (un bon coup de règle sur les doigts des « indélicats », ce n’est pas très éducation à la Montessori mais franchement ça défoule…).

 

Pour démarrer cette rubrique, la danse va venir à notre secours pour traiter la question du jour, « pourquoi vous n’arrivez pas à avoir un bébé naturellement ? », avec la fameuse variante « c’est la faute de qui ? C’est lui ou elle qui ne peut pas ? »

Lorsque cette situation se présente, plutôt que de vous exciter à faire un cours de biologie sur l’ovocyte, le spermatozoïde, les trompes, l’endomètre et tutti quanti, ou à expliquer les facteurs de baisse de la fertilité (au passage, on vous recommande le dernier numéro de 60 millions de consommateurs qui porte sur les perturbateurs endocriniens, même s’il fait froid dans le dos), faites beaucoup plus simple. Voici notre proposition (on compte sur vous pour partager vos idées dans les commentaires, ceci est un blog participatif !).

 

Pourquoi on ne peut pas avoir de bébé « naturellement » ? Bon. Alors tu vois, si tout allait bien pour nous, après s’être envoyé en l’air (ouais je sais elle est nulle mais il fallait trouver un lien avec Air France…), nos gamètes devraient réagir comme ça :

 

Que de grâce… Quelle volupté… Quelle fusion romantique…

Sauf que, nos gamètes à nous, elles sont plutôt mal foutues et voilà ce que cela donne quand elles veulent danser  :

  • Version « Monsieur manque un peu de souplesse »

 

  • Version « Madame manque un peu de grâce… »

Variante (allez, ça défoule) :

 

Alors inutile de vous dire que les deux ensemble qui essayent de danser, au mieux, cela donne ça :

 

Il fallait donc au moins un professeur en blouse blanche pour essayer de régler le problème. Cela vous suffit comme explication ou je vous sors notre dossier médical ?!

 

Au prochain numéro de notre rubrique « explique moi la PMA », un conte pour le don… !

 

Prenez soin de vous.

Elections pestilentielles…

Amis lecteurs, bonjour !

Peut-être êtes-vous aussi indécis que les ICSI PARI face aux élections à venir, les canards ayant été quelque peu déconnectés des actualités ces dernières semaines du fait de l’arrivée du caneton. Et pourtant, il faudra bien voter, et à défaut de voter « pour », il faudra au moins voter « contre ». Contre la haine des étrangers. Contre la haine des homos. Contre l’intolérance et les caricatures que l’on nous assène à longueur de campagne électorale : les feignasses de fonctionnaires, les salauds de patrons, les salariés RTT, les chômeurs fraudeurs, sans oublier les  musulmans terroristes, les catholiques intégristes, les juifs extrémistes, les athées laïcards, et j’en passe… Evidemment, ça n’excite personne de voter « contre » et les canards sont un peu las. De vrais canards claqués.

Pour vous motiver un peu si, comme nous, vous en avez besoin, nous partageons avec vous cette vidéo venue d’outre-atlantique qui traite du sujet avec beaucoup de dérision (et d’auto-dérision). Pour les allergiques à la langue de Shakespeare, la fin de la vidéo (15ème minute) est en français.

Allez, aux urnes citoyens, le monde nous regarde…

 

Point de croix

Pour les PMettes et les PMecs, la nature se révèle souvent être une grosse chienne. Face à l’échec, ces dernières années les ICSI n’étaient pas tristes, ils avaient la haine, au bout d’un moment ils n’avaient plus peur de rien, devenus des fous, des fêlés, des fondus, des anars de la PMA, des gens bons devenus alors des gens Bonnot. Peu de temps avant leur dernière tentative couronnée cette fois de succès, ils eurent la tentation de tout faire sauter : le bon goût, les conventions sociales, aux chiottes ! Les échecs successifs nous faisant réapparaître dans un Maelström de vociférations qui ferait passer un Gilles de la Tourette pour un conteur d’amour courtois… Les anatidés anars avaient alors décidé de s’attaquer à tous les tabous, ils ne mesuraient plus la portée de leurs actes : ni Dieu, ni mètre, telle était leur nouvelle devise.

Oui, nous avons songé à nous attaquer à la religion ! Mais quelle religion ? On aurait pu s’attaquer à la religion des autres mais bien que fondus, les ICSI restent des lâches et hésitent donc à s’attaquer à des religions dont les plus sémillants prosélytes ont une pilosité importante. La preuve étant faite que plus les barbes ou les payess harosh sont longues plus les idées sont courtes. Bref, il y a des religions un poil sensible à la critique. Les cathos ont une très notable supériorité dans l’autodérision si on excepte évidemment la période de l’inquisition, les croisades, les pogroms, l’évangélisation forcée, la saint Barthélemy, « y a pas bon Taubira »… Non, c’est vrai, les cathos ce sont des gens plutôt bonhommes sinon. Le catho d’école, c’est l’oncle Marcel qui, un jour de Toussaint, va fleurir les tombes, et vers 15.00, juste après le digestif, se lève en bout de table manquant de tomber de sa chaise, vérifie la présence de son service trois pièces en disant « c’est l’histoire d’un curé, d’un imam et d’un rabbin qui sont dans un bus pour Bethleem, vous la connaissez… ? ». En général, ça finit toujours mal pour le rabbin, c’est un peu le Kenny des blagues catholiques (pour ceux qui connaissent South Park), le charme discret de l’antisémitisme en milieu bourgeois. L’alcool aidant, vers 17.00 (apéro du soir), l’oncle Marcel réattaque avec « c’est des bonnes-sœurs qui mangent des carottes, vous la connaissez… ? » et là, en général, tout le monde explose de rire même la tante Ida, pourtant toujours fourrée au confessionnal et qui finit par pouffer dans son missel. C’est, je crois, dans ces moments où je me dis qu’il vaut mieux être catholique à Pithiviers que musulman à Mossoul.

Je suis presque né catholique, enfin je veux dire par là que l’on ne m’a pas demandé mon avis et que ni vu ni connu, alors que j’étais un rose poupon, on a profité d’une de mes siestes pour me balancer de l’eau bénite à la figure. Il paraît que j’ai gueulé comme un putois. Mon aversion pour les liquides fortement aqueux date probablement de cette époque et seules les substances dont le taux d’éthanol dépasse les 11% trouvent aujourd’hui grâce à mes yeux néanmoins, hélas, avec de plus en plus de modération. Cela tombe plutôt bien, le sang du rédempteur titre 12° chez les officiants qui savent se soigner. Il y a peu je me suis enquis de l’empressement qu’ont eu mes parents à me faire entrer si tôt, et sans mon avis, dans l’opulente firme vaticane. Mon père : « ben c’est ta mère qui voulait et moi je ne voulais pas d’histoires ». Ma mère : « Tu comprends tu étais si petit, si frêle (prématuré de trois semaines), tu ne mangeais pas, tu étais déshydraté, enfin au cas où il arrive quelque chose…». C’est bien simple à cette évocation je me suis demandé dans quelles glèbes parcourues d’épidémies, ravagées par quels maraudeurs et rythmées par quel tocsin j’avais pu naître. Mes parents avaient-ils bien conscience que leur suzerain à cette époque était Valéry Giscard d’Estaing et non point Louis XI ? Mon extraction rurale m’est soudain revenue tout de go au visage, tiède comme un vent de fin d’été, s’élevant du couchant sur une terre fraichement moissonnée. Mes routines germanopratines et mon habitude de chasser ma viande chez Le Bourdonnec m’ont fait oublier que ma jeunesse se tenait par-delà un périph et que mes laborieux parents semblaient avoir servi de modèle à l’Angélus de Millet (qui trônait d’ailleurs au-dessus de la télé…). Depuis j’ai racheté l’original dans un petite vente sans prétention chez Artcurial, les contrefaçons me donnant définitivement de l’eczéma.

J’ai donc pieusement suivi les cours de catéchisme avec le curé du village taillé comme un rugbyman, qui savait t’appendre l’amour du christ à coup de tartes dans la gueule. Parce que un Pater Noster ça se sait sur le bout des doigts ou tu prends toute la paume avec. Le bon curé avait été père blanc, auparavant il réalisait son apostolat en battant le frère tant qu’il est chaud. Toujours premier de la classe, immaculé au milieu des gueules cassées des petits mécréants, j’étais là, buvant ses paroles et apprenant consciencieusement les prières comme autant de récitations ou de tables de multiplication. Récompense pour ce travail de bénédictin, une image pieuse, toute dorée, avec la sainte vierge au milieu, les yeux au ciel et montrant un cœur hypertrophié et situé nettement en dehors de la cage thoracique (une pentalogie de Cantrell ?). Au bout de dix images pieuses, j’ai eu droit à un Jésus-Christ phosphorescent sur une croix possédant les mêmes caractéristiques photo-physiques. Ma mère a eu la bonne idée de l’accrocher en face de mon lit, pour me protéger disait-elle. Craignait-elle un remake de l’Exorciste dans ce sous-pente cosy ? J’ai ainsi eu tout le mal du monde à trouver le sommeil, observé dans le noir que j’étais par ce spectre verdâtre qui finit par être le fossoyeur de mes nuits d’enfance. Ma foi s’érodait à mesure que mes cernes s’approfondissaient.

Né dans cette famille, j’ai donc fait ma communion, pour avoir des cadeaux. Puis ça a été la confirmation, le costume, l’Eglise décoré, le trône avec l’archevêque dessus, et là, patratra. M’avançant, je me suis pris les pieds dans le tapis et je chus mais essayant de me rattraper j’ai fini par tomber pile entre les genoux dudit prélat, il ne pipa mot si je puis dire. Un silence de mort saisit donc l’assemblée. Je souhaite que cette anecdote ne fasse pas l’objet de rires gras et de sous-entendus grivois (merci Zapette… notamment !), nous parlons de religion tout même. Me retournant vers le public, j’ai vu ma mère livide tomber dans les vapes et le bon curé faire croquer ses doigts pour préparer une rouste façon Chabal. Il devenait donc grand temps de quitter ce village où l’hérétique risquait le bûcher. La croix phosphorescente ne fut pas du voyage. Mes études supérieures à distance diluèrent encore l’influence de la catéchèse rurale. Dans ma chambrette d’étudiant laborieux, face à mon lit trônait désormais une photo de Kim Bassinger, qui devait être maladroitement tombé à l’eau en sous-vêtement, elle était là un doigt sur la bouche du genre « ne le dit à personne surtout…chut »…l’antidote contre le séminaire pour sûr. Le pragmatisme de mon cursus a fini d’étouffer en moi une foi aveugle.

Il m’arrive néanmoins dans les moments de doutes de me raccrocher à quelques enseignements de jadis. Je dois ainsi avouer que sortant de mon premier entretien d’embauche, je me suis précipité à Notre-Dame pour y poser un (gros) cierge et réciter un Notre Père devenu hésitant. Histoire de faire bonne mesure je suis ensuite allé me vautrer dans le péché de gourmandise chez l’ami Louis. Ainsi autour de sainte trinité foie gras/confit/Paris-Brest je me suis rendu compte que c’était un vendredi, jour du poisson. Pour faire bonne mesure j’avais arrosé le tout d’une demi-bouteille d’un excellent Faugère. Titubant, j’ai repris mon train pour retourner à mes sentes rurales. Je n’ai pas été déçu : deux jours après j’ai su que j’avais pi-ler la concurrence et que le poste était à moi. J’ai depuis gardé une forme de reconnaissance prudente à ma religion d’origine.

C’est vous dire si en s’enfonçant dans la noirceur des entrailles de la PMA, j’ai fini par dépoussiérer quelque peu mon passé de croyant. Face à l’adversité nous avons bien essayé l’homéopathie, l’acupuncture, la micro-kinésithérapie, un rebouteux moisi, un magnétiseur, les sacrifices d’animaux (en sauce), un para-psychologue (genre ghostbuster mais en plus flippant), bref nous en étions là lorsque passant devant Notre Dame je me suis dit qu’il était peut-être temps que je donne quelques nouvelles fraîches. J’ai fait tout le tour du propriétaire et je n’ai pas trouvé Sainte-Rita, comme vous le savez patronne des causes perdues. Je me suis donc confié au premier venu c’était Saint Vincent de Paul, ça tombait bien c’est le patron des indigents. Ben oui, c’est tout nous ça : les indigents de la gamète. Obligés d’aller de centre de PMA en centre de PMA, la main tendue, l’œil bas, feignant l’absence d’un membre en disant « un embryon, un embryon à plus de 8 cellules siouplait, pour rester digne ». A partir de là Mr et Mme ICSI ont ainsi au cours de chacun de leur voyage laissé quelques oboles, encens fumants et cierges allumés dans tous les lieux de croyance que ce monde leur a offert à visiter et cela quel que soit la religion. De toute façon, l’interlocuteur est probablement le même, seul l’indicatif pour le joindre est différent.

Comme vous le savez il se pourrait que nous fûmes entendus puisque notre caneton est arrivé. Il faudra d’ailleurs un jour que l’on vous raconte toute l’histoire car ce fut tout sauf une grossesse dont on fait un post amusant. Il aura le mérite de montrer que la vie est fragile et que nous qui tenions déjà à un embryon de 8 cellules nous aurions pu perdre bien plus encore sans la médecine et peut-être aussi sans cette force qui nous permet de toujours nous relever du pire pour espérer des jours meilleurs.

Quel que soit le nom que l’on puisse donner à cette force.

Encore une fois je n’ai pas pu faire court alors allez en paix, mes bien chers frères, mes bien chères sœurs…

Mr ICSI

PS : le but de ce post n’est pas de choquer les convictions et encore moins de faire du prosélytisme. Merci de le lire avec un sens du second degré le plus affuté possible.

Qu’est-ce tu penses doudou du don ?

 

La scène se déroule sur le plateau de l’émission « mille et une vies » animée par Frédéric Lopez. Mme Icsi livre son témoignage sur le thème du jour, « devenir mère par don d’ovocytes ». Le plateau rappelle un intérieur cosy, propre aux confidences, avec un grand canapé, un plaid confortable, des objets familiers dans une ambiance « campagne chic ». C’est évidemment au cœur de Paris, dans une pièce truffée de caméras.

Frédéric Lopez : Soyez la bienvenue Canette ! Je peux vous appeler Canette d’ailleurs, en toute bienveillance ?

Mme Icsi : Bien sûr Fred, cela me va très bien.

Frédéric Lopez : Installez-vous ! Vous voulez un thé mariage frères, un jus de goyave bio ou une infusion détox des montagnes de l’Himalaya ?

Mme Icsi : Merci, j’ai trop bu de tisane d’allaitement, je sature dès que je vois un mug. Je vais plutôt prendre une bonne bière fraîche sans alcool, si vous avez ça en régie…

Frédéric Lopez (après un blanc…) : Euh… avec plaisir ! Alors, votre histoire est juste incroyable, mais je vais vous laisser nous la raconter. Je crois que tout a commencé il y a sept ans, c’est ça ?

Mme Icsi : Bientôt huit ans, en fait. Une histoire ordinaire d’un couple qui s’aime, et qui décide d’avoir un enfant. J’arrête la pilule, j’ai trente trois ans, et je pense que je vais être enceinte au prochain cycle…

A l’écran apparaît une photo d’une canette rayonnante, avec un large sourire, en train de faire le pitre.

Frédéric Lopez : Ah oui, vous étiez vraiment optimiste !

Mme Icsi : Complètement idiote, oui ! J’étais persuadée que nous allions pouvoir enchaîner les bébés avec mon canard, ce merveilleux canard que j’avais mis du temps à rencontrer mais dont j’étais certaine qu’il serait un père formidable. Je commençais même déjà à parler de ce bébé qui allait venir autour de nous, comme pour prévenir que nous allions bientôt être parents, c’est sûr. Bon, et bien sur ce coup là, je me suis complètement plantée ! Bonjour l’intuition féminine !

Frédéric Lopez : Mais c’est bon dans la vie d’être optimiste, vous ne pensez pas ? C’est un moteur formidable et nous aurons tout à l’heure avec mes amis une séquence sur les initiatives géniales de gens merveilleux et bienveillants ! Un moment juste magique que l’on partagera tous ensemble, comme dans cette yourte dans laquelle j’avais séjourné en Mongolie. Mais je m’égare…

Mme Icsi (qui se demande ce que Frédéric Lopez a fumé en coulisses) : Etre optimiste, oui, mais si naïve, je ne sais pas… Enfin bref, je pensais que je retournerais vite fait chez ma gynéco avec un test de grossesse positif en poche et un bébé joufflu neuf mois plus tard. Mais cela ne s’est pas du tout passé comme ça. Les mois et les mois ont passé, sans test positif du tout. Les câlins devenaient programmés, stressants, sans abandon, en calculant les dates… Enfin, toutes les « pmettes » vous raconteront cela. J’ai commencé à m’inquiéter, et je suis donc retournée chez ma gynécologue.

Frédéric Lopez : Et qu’est-ce qu’elle vous dit à ce moment là ?

Mme Icsi : Qu’à mon âge, cela ne pouvait pas marcher aussi vite, qu’il fallait que je me détende, que l’on parte en vacances, que je relâche un peu la pression dans mon boulot…

Frédéric Lopez : Et vous en avez pensé quoi ?

Mme Icsi : D’abord, je me suis sentie vieille d’un seul coup. Je n’avais pas réalisé que je n’étais déjà plus « jeune » aux yeux d’un médecin. Cela m’a fait un choc. Et puis on me reprochait finalement mon impatience. Je pouvais l’entendre au bout de six mois d’essai, mais cela faisait déjà plus d’un an et je n’étais pas convaincue du tout. On a donc pris un rendez-vous dans un service de PMA à l’hôpital pour parler de notre cas.

 Frédéric Lopez : Cela a dû être difficile de prendre ce rendez-vous. Et comment s’est-il passé ?

Mme Icsi : C’est bête, mais en salle d’attente, avec mon canard, on se sentait honteux, on regardait nos pieds. Si on avait su le temps que l’on allait passer dans ces foutues salles d’attente, cela nous aurait achevé sur place ! Plus tard, c’est à ce sentiment de gêne que l’on reconnaîtra les « nouveaux » du monde de la pma qui arrivent en salle d’attente. En fait, c’est comme si cela ne pouvait pas nous arriver, à nous. Et puis après une longue attente cela a été notre tour. On est tombé sur un médecin assez froid, qui nous a simplement donné des ordonnances pour les examens de routine : spermogramme pour mon canard, prise de sang pour moi et la fameuse « hystérosalpingographie » (cela ferait un bon score au scrabble, tiens)… Et voilà, débrouillez-vous avec ça, revenez quand vous aurez les résultats.

Frédéric Lopez : Il ne vous a pas donné l’adresse de spécialistes pour faire ces examens ?

Mme Icsi : Non, justement. J’y suis donc allée au pif, sans savoir d’ailleurs en quoi consistait vraiment cet examen. Et je suis tombée sur un radiologue qui ne connaissait visiblement rien à l’anatomie féminine : dès la pose du speculum, c’était un cauchemar, je me tordais de douleur, il n’a même pas pu finir l’examen !

Frédéric Lopez : Cela commençait mal !

Mme Icsi : C’est traumatisant, vous voulez dire ! Je suis rentrée en larmes en expliquant à mon canard que l’on ne pourrait pas passer par la médecine, c’était trop dur, au-dessus de mes forces.

Frédéric Lopez : Et finalement ?

Mme Icsi : Finalement, le temps a passé, j’ai discuté avec une amie qui avait eu une petite fille grâce à la pma et elle m’a conseillé de faire cet examen avec une gynécologue qu’elle connaissait bien. Je suis donc allée voir ce praticien, en lui racontant mon histoire. Je suis retournée affronter mon traumatisme en tremblant, c’était déjà un an plus tard.

Frédéric Lopez : Et cette fois ?

Mme Icsi : Cette fois cela s’est très bien passé, ce n’était pas si douloureux, juste un peu désagréable. Et en plus il n’y avait rien d’anormal à l’examen, j’étais donc rassurée. J’en ai beaucoup voulu à ce radiologue de m’avoir violentée à ce point, et de m’avoir fait perdre un temps si précieux.

Frédéric Lopez : Du coup quel était le bilan de tous ces examens ?

Mme Icsi : Le bilan « de l’époque », c’est que ce gynécologue ne trouvait rien d’anormal. Mais puisque nous insistions, pour nous rassurer, elle nous a proposé de faire des inséminations, histoire d’augmenter nos chances à chaque cycle. Cela se passait dans son cabinet, c’était une entrée en matière plus douce qu’à l’hôpital.

Frédéric Lopez : Cela devait vous faire bizarre, non ?

Mme Icsi : C’est vrai. On se baladait avec les zoïdes de mon canard dans une boîte hermétique prêtée par le labo qui heureusement n’était pas très loin… On peut dire que cela fait des souvenirs ! Bon, finalement cela n’a rien donné et, rétrospectivement, c’était totalement inutile vu notre dossier, sauf pour payer des honoraires à ce gynéco. On est tombé sur quelqu’un de franchement incompétent car les inséminations n’avaient aucun intérêt compte tenu du spermogramme du canard.

Frédéric Lopez : Du coup vous retournez à l’hôpital, c’est bien cela ?

Mme Icsi : C’est ça. On sentait déjà que l’on était sur une mauvaise voie. A l’hôpital, on nous a tout de suite proposé une FIV, car les zoïdes de mon canard n’étaient pas si performants que cela, même s’ils étaient nombreux ! Et là, on a enchaîné les FIV, avec des résultats pitoyables : la première n’a donné aucun embryon. La 2ème non plus, malgré la méthode ICSI. La 3ème a permis de transférer un seul embryon, et la 4ème nous a donné deux embryons transférables. A chaque fois, c’était un échec. On a alors décidé de prendre d’autres avis médicaux avant d’abandonner. On a rencontré un paquet de médecins dont notre gynécologue fétiche, notre Général Croquette, que l’on a définitivement adopté !

Frédéric  Lopez : Cela compte, de se sentir entre de bonnes mains ?

Mme Icsi : C’est absolument essentiel. Avec elle, on n’avait plus à se poser de questions. Elle a repris tout notre dossier de A à Z, elle travaillait avec méthode, avec son réseau de spécialistes tous azimuts, et en plus avec une énergie qu’elle nous communiquait très bien !

Frédéric Lopez : C’est important, la transmission des énergies. J’ai appris cela avec une tribu en Amazonie, c’était une expérience incroyable, pleine de bienveillance… Mais je m’égare.

Mme Icsi (qui se demande ce qu’il y a dans la tisane de l’animateur) : C’est vrai. Mais surtout on savait que l’on pouvait suivre ses indications. Et pour elle, c’était clair que le don d’ovocytes était la solution, car nos résultats passés démontraient un défaut de qualité ovocytaire. On a bien tenté une dernière FIV avec elle pour ne pas avoir de regrets, mais la stimulation n’a même pas fonctionné tant mes ovaires étaient épuisés !

Frédéric Lopez : Cela a dû être un moment difficile, non ?

Mme Icsi : Oui et non. D’un côté, il fallait faire le deuil de mes gamètes, d’un enfant qui me ressemble, mais ce n’était pas essentiel pour moi. C’était surtout pour l’enfant lui-même que je trouvais cela triste, car c’est plus compliqué de naître d’un don de gamètes que de savoir que l’on est le mélange de ses deux parents. Mais je n’avais pas de regrets à avoir : nous avions vraiment tout essayé avant, ce n’était pas une solution de « facilité ». Et avec cette technique, les espoirs étaient réels, les statistiques n’avaient rien à voir. J’y croyais et mon canard aussi.

Frédéric  Lopez : Vous avez choisi alors la donneuse  ?

Mme Icsi : Non, pas du tout ! C’est mal connaître le don que de penser que cela se passe de cette manière… J’ai simplement « choisi » le pays de la donneuse, car en France, l’attente était bien trop longue pour seulement imaginer bénéficier d’un don, et mon âge avait cette fois bien avancé. On a aussi demandé conseil à notre gynécologue, à des amis, et après avoir contacté une clinique en Espagne, c’est finalement en République Tchèque que nous avons concrétisé cet incroyable projet. On avait rencontré l’équipe médicale avant, on avait confiance. Et puis c’étaient les mêmes conditions légales qu’en France, la FIV avec don d’ovocytes était même partiellement remboursée par la sécurité sociale. Cela évitait de nous donner l’impression de « frauder », de faire un bébé en douce, de manière presque honteuse. On était en République Tchèque, mais cela restait l’Europe, notre grand pays à tous. Je me suis vraiment sentie Européenne, à ce moment là ! Vive l’Europe, devraient crier les infertiles !

Frédéric Lopez : On en vient alors à l’essentiel. La FIV avec ce don a lieu, vous avez vécu cela comment ?

Mme Icsi : En fait, je me suis demandée comment j’allais vivre ces moments. Je me sentais prête dans ma tête après un si long parcours. J’avais eu le temps de lire bien des ouvrages, dont ceux d’Irène Théry, de réfléchir, de me poser plein de questions. Mais entre vivre les choses intellectuellement et les vivre émotionnellement et dans son corps, il y a un monde. J’ai vraiment pensé à la donneuse le jour de la ponction. Je savais ce que c’était, et je me suis sentie tellement reconnaissante envers cette inconnue de passer par ce geste médical qui n’est pas quelconque, je le sais, tout ça pour pouvoir faire un don. Je ne savais rien de ses motivations, mais je voulais lui crier merci si fort afin qu’elle puisse l’entendre depuis la République Tchèque !

Frédéric Lopez : C’est un geste merveilleux qu’elle a fait.

Mme Icsi : C’est vrai. On ne saura jamais si c’était totalement désintéressé ou pas, mais les sommes versées pour indemniser les donneuses ne sont pas telles que l’on puisse imaginer recourir au don uniquement pour l’argent. Nous penserons d’ailleurs à son geste tous les ans à Pâques !

Frédéric Lopez : Pourquoi à Pâques ?

Mme Icsi : Parce qu’en République Tchèque, pour Pâques, des œufs sont magnifiquement peints et décorés, pour être offerts. Nous en avons ramené quelques uns que l’on trouve dans des boutiques d’artisanat, et nous les sortons de leur boîte tous les ans à Pâques, pour décorer notre petit chez nous. C’est un magnifique œuf qu’elle nous a offert, ou plutôt cinq œufs devenus blastocytes, cette « matière première » sans laquelle nous n’aurions rien pu faire !

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Frédéric Lopez : Et alors finalement, le transfert a lieu. Cela se passe comment ?

Mme Icsi : Cela s’est passé comme un transfert ordinaire, si je puis dire, sauf que le gynécologue me parlait en anglais ! Cet embryon était le nôtre, c’était déjà « mon » œuf, fécondé par mon canard, et je voulais l’accueillir comme un trésor, de la même manière que pour les autres tentatives, mais avec tellement plus de chances que cela marche…

Frédéric Lopez : Et cela a marché ?

Mme Icsi : Non ! Enfin, pas du premier coup. La déception était à la mesure de l’espoir : énorme. Mais c’est surtout lors de l’échec du deuxième transfert que l’on a douté que cela marche un jour pour nous, alors qu’il y avait tellement de réussite dès la première ou deuxième tentative autour de nous.

Frédéric Lopez :  Et pourtant vous avez continué les traitements ?

Mme Icsi : Notre médecin, le Général Croquette, était convaincue que cela allait finir par marcher, alors on s’est laissé porter par son énergie. Mais nous sommes repartis pour un troisième transfert, après une opération, sans y croire. D’ailleurs, à peine arrivés sur place pour effectuer le transfert de deux embryons (cette fois, nous n’avions plus de raison d’être prudents !), nous avons commencé à discuter avec l’équipe tchèque de l’échec à venir et des causes possibles. On les a peut-être vexés, nos médecins tchèques, mais le fait est qu’ils ne voulaient absolument pas en parler. « Une étape après l’autre », nous a-t-on dit. Et en effet, cette fois, cela a marché, on a eu un beau taux positif et qui grimpait, grimpait…

Frédéric Lopez : c’est formidable cette énergie que l’on trouve au fond de soi devant les épreuves. Cela me rappelle le message d’un paysan que j’avais croisé au fond du Vietnam qui a dû faire face à une mauvaise récolte… mais je m’égare.

Mme Icsi (qui a décidé de prendre finalement une infusion car cela a l’air d’être de la bonne) : Oui, ce n’est sans doute pas comparable, comme épreuve, mais c’est vrai. Je n’imaginais pas, au début de notre parcours, avoir autant de ressources pour mener ce si long combat. On se surprend.

Frédéric Lopez : Et ensuite, comment s’est passée la grossesse avec ce don ?

Mme Icsi : Comme pour toutes les pmettes, il y avait l’angoisse que tout s’arrête d’un coup, car on a perdu toute innocence quand on est infertile. Et pour faire court, il y a eu pas mal de passages aux urgences ! Mais ce n’est pas le sujet. En fait, je veux surtout parler aux femmes qui se posent la question de savoir comment est vécu le don. A vrai dire, je me demandais si la question du don allait me perturber pendant cette période si spéciale de la grossesse. Pourtant, à aucun moment, je n’ai eu l’impression de porter un être « étranger ». Je portais mon enfant, celui que je désirais depuis tant d’années, que nous attendions ensemble, avec mon canard, et c’était évidemment le mien, uniquement le mien. Il respirait ce que je respirais, il mangeait ce que je mangeais, je l’irriguais de mon sang, il grandissait dans mon ventre. Cette cellule étrangère, fécondée par mon canard, je l’avais en quelque sorte absorbée en moi, elle était devenue mienne. Mais alors pendant la grossesse, je me suis demandée comment allait se passer « l’après »…

Frédéric Lopez : On n’arrête pas de se poser des questions chez les canards !

Mme Icsi : Pas faux ! Mais c’était une vraie question ! Après l’accouchement, est-ce que ce lien biologique que je vivais et ressentais dans mon corps allait cesser ? Est-ce que la figure de la donneuse allait perturber mon lien maternel avec notre caneton ?

Frédéric Lopez : Alors ?

Mme Icsi : Alors pas du tout ! A vrai dire, comme pour toute naissance je crois, il y a une phase de découverte mutuelle. J’étais sidérée qu’il soit là, celui que l’on n’osait plus espérer. Il avait enfin un visage, une réalité, une voix. Et il a fallu apprendre à se connaître, à se toucher, à communiquer. Je n’ai alors jamais pensé à la donneuse. Non pas que je sois une ingrate. Je n’oublierai jamais ce cadeau inestimable d’une inconnue. Mais on ne m’a pas donné un enfant, on m’a donné une graine précieuse que l’on a pu faire fructifier, c’est très différent…

Frédéric Lopez : C’est joli, cette image. Cela me rappelle une tribu d’Afrique qui offrait des graines de Baobab comme cadeau de naissance, mais je m’égare… Et alors, vous comptez en parler autour de vous ? Aujourd’hui, vous portez toujours un masque. Vous avez honte ?

Mme Icsi : Absolument pas ! Mais je veux préserver notre caneton de la bêtise des gens, ou au mieux de leur maladresse. Evidemment qu’il sera au courant des conditions de sa naissance, et de l’existence de ce don. Il n’y aurait rien de plus idiot que de lui cacher cette histoire, qui est une belle histoire d’amour, de désir, et de don. La rendre secrète l’enlaidirait inutilement. Il n’y a donc aucune raison de lui cacher cela, au contraire. Mais les mots peuvent blesser. Nous l’avons tellement vécu lors de ce parcours ! Pourtant, nous, nous sommes des adultes qui pouvons mettre les choses à distance. Alors un enfant, on peut le blesser gravement et pour longtemps avec une phrase bête du type « en fait tu sais que ta mère n’est pas ta vraie mère, n’est-ce pas ? »… Comment un enfant entend et interprète une telle phrase ?! Moi, je commence à avoir l’habitude des remarques idiotes, et j’ai eu le temps de réfléchir à ce que signifiait être mère. Mais lui ?! Et puis nous voulons nous-même lui raconter son histoire (on le fait déjà d’ailleurs !), et on le fera progressivement, selon son âge. Ensuite il choisira de la raconter à qui il veut, ou d’en faire son secret à lui, ce sera à lui d’en décider. Si nous le racontons trop largement, pour faire du militantisme (parce que cela nous tente tellement de militer pour le don, pour faire changer les mentalités !), on l’expose à des remarques inutilement blessantes.

Frédéric Lopez : Personne n’est donc au courant dans votre entourage ?

Mme Icsi : Si, bien sûr ! Nos parents, et une poignée d’amis très proches. Ils n’abordent d’ailleurs jamais le sujet, nous sommes tous tellement sidérés qu’il soit là, ce caneton, notre caneton. On se pince tous les matins, et je pense que cela durera jusqu’à la fin de nos jours.

Frédéric Lopez : C’est vraiment une histoire peu habituelle…

Mme Icsi : En fait, pas tant que cela. Dans le milieu médical, où nous indiquons systématiquement l’existence du don, nous avons découvert qu’il y a plein de femmes qui vivent cette expérience. L’infertilité est un vrai enjeu de société, il serait d’ailleurs temps que nos hommes politiques s’en rendent compte. Nous sommes bien plus nombreuses que je ne l’imaginais à traverser les frontières pour chercher ces  « graines à bébé », et ainsi réaliser un désir si profond. Notre caneton ne sera pas seul à vivre avec cette histoire, ce sera d’ailleurs plus facile pour lui, sans doute.

Frédéric Lopez : Et bien merci beaucoup, Canette. Vous nous avez livré votre témoignage avec beaucoup d’émotion, c’était un merveilleux moment, plein de bienveillance.

Mme Icsi (qui espère que Fred ne lui demandera pas de l’accompagner en terre inconnue car elle a peur des bestioles et n’est pas à jour de ses vaccins) : Allez, je vous laisse, j’ai un caneton à nourrir avec bienveillance justement…

 

 

Etude d’oeuvre : une autre histoire…

Amis lecteurs, bonjour !

Voilà bien longtemps que l’on ne vous a pas servi une petite étude d’œuvre en version pma. Il est temps d’y remédier. En ce jour de transfert d’un embryon pour une de nos fidèles lectrices à qui nous pensons très fort, c’est une chanson qui s’est vite imposée au programme : « UNE AUTRE HISTOIRE » de Gérard Blanc. Voilà une  chanson qui fleure bon les années 80, avec un clip d’anthologie (l’un des pires de l’histoire des clips vidéos…), chanson dont les paroles parlent forcément aux vieux routards de la pma, ceux qui galèrent depuis pas mal de temps. Quand les échecs se sont accumulés, difficile en effet d’aborder un transfert avec plein de légèreté et de fraîcheur. Et pourtant, chaque transfert peut être le début d’une autre histoire… Allez, Gérard, tu peux envoyer la sauce (si je puis me permettre cette expression sans doute inappropriée).

 

Passons à l’analyse pmesque…

On oublie tout, tous les barrages

Qui nous empêchaient d’exister

Qu’il y en a des barrages pour exister comme parent ! Entre la qualité des gamètes, de la cavité utérine et la foire aux hormones, sans oublier le volet psy qui est évidemment central selon notre concierge, les raisons ne manquent pas de plomber les cigognes avant même leur envol. La lecture de tous nos blogs démontre la variété des problèmes que l’on peut rencontrer. Or, quand on a déjà un long parcours, on a généralement pas mal de cases cochées dans la grille des causes d’infertilité. « Barrage » est donc au pluriel, malheureusement…

Quelque chose de neuf a tout changé

Quelque chose et ça m’ fait avancer

Ce quelque chose dépend de plein de choses… Cela peut être une nouvelle équipe médicale qui porte un regard différent sur notre dossier et sur le traitement à suivre. Cela peut être une opération qui remet de l’ordre, une session de ménopause artificielle pour calmer l’endométriose qui touche tant de pmettes…  Et quand quelque chose change, cela donne des raisons de penser que la suite de l’histoire va elle aussi changer.

On oublie tous les gens, tous les naufrages

Tous les bateaux, touchés, coulés

A l’abord d’un transfert, autant se le dire : il vaut mieux avoir en tête les happy ends que les échecs, ces naufrages que l’on a connus ou que d’autres ont connus.

Je n’sais pas comment ça s’est passé

Je n’sais pas pourquoi j’ai plus peur d’aimer

Ah mais voilà la théorie du déclic ! Bon, ce n’est pas notre passage préféré dans la chanson, soyons clair. Le déclic, c’est le petit truc qui explique pourquoi un traitement va marcher car on s’est enfin débloqué bien sûr ! Cela peut être lié à un agrément pour une adoption, par exemple, comme vous l’explique votre cousine (« c’est dingue, pile au moment où ils allaient adopter, paf ça a marché, c’est quand même la preuve que c’était psy, non ?! » Et là vous avez juste envie de raconter l’histoire de tous ceux qui ont pris le long chemin de l’adoption, l’agrément n’étant qu’une première étape, sans pour autant revenir vers la case fertile…). En gros, pour les adeptes de la théorie du déclic, on n’a plus peur d’aimer l’idée d’être parent, donc ça marche.  Qu’on se le dise.

Elle dit j’imagine des musiques qui se dansent

Pour toi

Elle dit j’imagine des mots dans le silence

Pour toi

Des jours et des nuits où la vie recommence

Comme ça encore une fois

Que l’on aimerait que ça marche. Que l’on aimerait se laisser porter par son imagination. On se voit déjà faire la fête pour l’arrivée de cet enfant si attendu, on se voit déjà lui dire des mots doux pour l’endormir, on se voit enfin reprendre le cours de la vie que l’on espérait tant, de jour comme de nuit, et retrouver notre légèreté d’avant la PMA, quand nous n’y pensions pas sans arrêt.

Et on démarre une autre histoire

Et on démarre une autre histoire

Mais ça c’est une autre histoire.

On comprend bien le sens de l’emploi de cette répétition a priori lourdingue : une autre histoire peut enfin s’écrire. UNE AUTRE HISTOIRE !

On oublie tout, tous les nuages

Qui nous cachaient la vérité

Les nuages, cela peut être l’incompétence des médecins. Comment savoir quel traitement faire quand le diagnostic de départ est faux ? On vous parle en connaissance de cause…

Tous les vents du large sont déchaînés

Tous les vents et ça m’fait pardonner

Le vent du large, on l’a pris quand on a compris que notre ancienne équipe nous envoyait dans le mur, sans solution. Difficile de pardonner parfois, mais il faut bien avancer…

On oublie tous les jours, tous les mirages

Comme un soleil qui s’est couché

On en a eu des mirages, dans notre parcours ! Ces signes qui faisaient croire à un début de grossesse, mais qui n’étaient qu’illusions. Oublions ces échecs, ces fausses impressions, c’est le message… Plus facile à dire qu’à faire.

Je n’sais pas comment ça s’est passé

Je n’sais pas pourquoi j’ai plus peur d’aimer

Ok Gérard, on a compris l’idée, passe au refrain maintenant. Et alors comment on la finit, cette chanson ?

Mais ça c’est une autre histoire

Ha ha oh

Et on prend un nouveau départ

Et on démarre une autre histoire

Et on prend un nouveau départ

En laissant faire le hasard

C’est une autre histoire.

Un nouveau départ, laissons faire le hasard. Telle est la devise de la pmette qui tel le Bouddha est sur les chemins de la sagesse : la vie n’est que hasard, un hasard qu’on provoque, nous autres infertiles, et qui peut nous réserver de belles surprises.

Toutes nos pensées vous accompagnent, amis lecteurs qui allez tenter votre chance ces prochains jours… Prenez soin de vous.