Explique moi la PMA

Amis lecteurs, bonjour !

Nous vous proposons aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle rubrique de notre blog, la rubrique Explique moi la PMA. L’idée nous est venue à la suite d’un billet de Fortuna au sujet des livres pour enfants tentant d’expliquer la PMA et qui ne correspondent pas toujours à nos attentes, surtout en cas de don de gamètes. Toutefois, nous autres infertiles savons bien qu’il n’y a pas qu’aux enfants qu’il faut expliquer la PMA tant notre entourage peut se révéler maladroit et blessant avec des questions idiotes (on ne vous l’a pas fait, à vous, le coup du « et c’est la faute de qui si vous ne pouvez pas avoir de bébé ? »… Cela fait mal, hein ?! ).

 

Les galériens de la PMA que nous avons été sont certes sortis de cette phase de leur vie (et sans doute définitivement même s’il ne faut jamais dire jamais…) mais ils se sont jurés d’être les zorros des infertiles, les vengeurs masqués de tous les blessés qui n’ont pas la force de répondre aux imbécilités entendues ici ou là et qui font tellement mal.

 

Zorro duck.jpg

Merci canard zorro…

Force est de constater que lorsque l’on est dans le combat, on n’a pas toujours la force ou l’envie de répondre. Quand on a l’immense chance d’en être sorti avec un caneton dans les bras, on retrouve l’énergie de faire ce que l’on pourrait appeler de la « pédagogie ». Plus ou moins musclée, la pédagogie, c’est vrai… (un bon coup de règle sur les doigts des « indélicats », ce n’est pas très éducation à la Montessori mais franchement ça défoule…).

 

Pour démarrer cette rubrique, la danse va venir à notre secours pour traiter la question du jour, « pourquoi vous n’arrivez pas à avoir un bébé naturellement ? », avec la fameuse variante « c’est la faute de qui ? C’est lui ou elle qui ne peut pas ? »

Lorsque cette situation se présente, plutôt que de vous exciter à faire un cours de biologie sur l’ovocyte, le spermatozoïde, les trompes, l’endomètre et tutti quanti, ou à expliquer les facteurs de baisse de la fertilité (au passage, on vous recommande le dernier numéro de 60 millions de consommateurs qui porte sur les perturbateurs endocriniens, même s’il fait froid dans le dos), faites beaucoup plus simple. Voici notre proposition (on compte sur vous pour partager vos idées dans les commentaires, ceci est un blog participatif !).

 

Pourquoi on ne peut pas avoir de bébé « naturellement » ? Bon. Alors tu vois, si tout allait bien pour nous, après s’être envoyé en l’air (ouais je sais elle est nulle mais il fallait trouver un lien avec Air France…), nos gamètes devraient réagir comme ça :

 

Que de grâce… Quelle volupté… Quelle fusion romantique…

Sauf que, nos gamètes à nous, elles sont plutôt mal foutues et voilà ce que cela donne quand elles veulent danser  :

  • Version « Monsieur manque un peu de souplesse »

 

  • Version « Madame manque un peu de grâce… »

Variante (allez, ça défoule) :

 

Alors inutile de vous dire que les deux ensemble qui essayent de danser, au mieux, cela donne ça :

 

Il fallait donc au moins un professeur en blouse blanche pour essayer de régler le problème. Cela vous suffit comme explication ou je vous sors notre dossier médical ?!

 

Au prochain numéro de notre rubrique « explique moi la PMA », un conte pour le don… !

 

Prenez soin de vous.

Elections pestilentielles…

Amis lecteurs, bonjour !

Peut-être êtes-vous aussi indécis que les ICSI PARI face aux élections à venir, les canards ayant été quelque peu déconnectés des actualités ces dernières semaines du fait de l’arrivée du caneton. Et pourtant, il faudra bien voter, et à défaut de voter « pour », il faudra au moins voter « contre ». Contre la haine des étrangers. Contre la haine des homos. Contre l’intolérance et les caricatures que l’on nous assène à longueur de campagne électorale : les feignasses de fonctionnaires, les salauds de patrons, les salariés RTT, les chômeurs fraudeurs, sans oublier les  musulmans terroristes, les catholiques intégristes, les juifs extrémistes, les athées laïcards, et j’en passe… Evidemment, ça n’excite personne de voter « contre » et les canards sont un peu las. De vrais canards claqués.

Pour vous motiver un peu si, comme nous, vous en avez besoin, nous partageons avec vous cette vidéo venue d’outre-atlantique qui traite du sujet avec beaucoup de dérision (et d’auto-dérision). Pour les allergiques à la langue de Shakespeare, la fin de la vidéo (15ème minute) est en français.

Allez, aux urnes citoyens, le monde nous regarde…

 

Point de croix

Pour les PMettes et les PMecs, la nature se révèle souvent être une grosse chienne. Face à l’échec, ces dernières années les ICSI n’étaient pas tristes, ils avaient la haine, au bout d’un moment ils n’avaient plus peur de rien, devenus des fous, des fêlés, des fondus, des anars de la PMA, des gens bons devenus alors des gens Bonnot. Peu de temps avant leur dernière tentative couronnée cette fois de succès, ils eurent la tentation de tout faire sauter : le bon goût, les conventions sociales, aux chiottes ! Les échecs successifs nous faisant réapparaître dans un Maelström de vociférations qui ferait passer un Gilles de la Tourette pour un conteur d’amour courtois… Les anatidés anars avaient alors décidé de s’attaquer à tous les tabous, ils ne mesuraient plus la portée de leurs actes : ni Dieu, ni mètre, telle était leur nouvelle devise.

Oui, nous avons songé à nous attaquer à la religion ! Mais quelle religion ? On aurait pu s’attaquer à la religion des autres mais bien que fondus, les ICSI restent des lâches et hésitent donc à s’attaquer à des religions dont les plus sémillants prosélytes ont une pilosité importante. La preuve étant faite que plus les barbes ou les payess harosh sont longues plus les idées sont courtes. Bref, il y a des religions un poil sensible à la critique. Les cathos ont une très notable supériorité dans l’autodérision si on excepte évidemment la période de l’inquisition, les croisades, les pogroms, l’évangélisation forcée, la saint Barthélemy, « y a pas bon Taubira »… Non, c’est vrai, les cathos ce sont des gens plutôt bonhommes sinon. Le catho d’école, c’est l’oncle Marcel qui, un jour de Toussaint, va fleurir les tombes, et vers 15.00, juste après le digestif, se lève en bout de table manquant de tomber de sa chaise, vérifie la présence de son service trois pièces en disant « c’est l’histoire d’un curé, d’un imam et d’un rabbin qui sont dans un bus pour Bethleem, vous la connaissez… ? ». En général, ça finit toujours mal pour le rabbin, c’est un peu le Kenny des blagues catholiques (pour ceux qui connaissent South Park), le charme discret de l’antisémitisme en milieu bourgeois. L’alcool aidant, vers 17.00 (apéro du soir), l’oncle Marcel réattaque avec « c’est des bonnes-sœurs qui mangent des carottes, vous la connaissez… ? » et là, en général, tout le monde explose de rire même la tante Ida, pourtant toujours fourrée au confessionnal et qui finit par pouffer dans son missel. C’est, je crois, dans ces moments où je me dis qu’il vaut mieux être catholique à Pithiviers que musulman à Mossoul.

Je suis presque né catholique, enfin je veux dire par là que l’on ne m’a pas demandé mon avis et que ni vu ni connu, alors que j’étais un rose poupon, on a profité d’une de mes siestes pour me balancer de l’eau bénite à la figure. Il paraît que j’ai gueulé comme un putois. Mon aversion pour les liquides fortement aqueux date probablement de cette époque et seules les substances dont le taux d’éthanol dépasse les 11% trouvent aujourd’hui grâce à mes yeux néanmoins, hélas, avec de plus en plus de modération. Cela tombe plutôt bien, le sang du rédempteur titre 12° chez les officiants qui savent se soigner. Il y a peu je me suis enquis de l’empressement qu’ont eu mes parents à me faire entrer si tôt, et sans mon avis, dans l’opulente firme vaticane. Mon père : « ben c’est ta mère qui voulait et moi je ne voulais pas d’histoires ». Ma mère : « Tu comprends tu étais si petit, si frêle (prématuré de trois semaines), tu ne mangeais pas, tu étais déshydraté, enfin au cas où il arrive quelque chose…». C’est bien simple à cette évocation je me suis demandé dans quelles glèbes parcourues d’épidémies, ravagées par quels maraudeurs et rythmées par quel tocsin j’avais pu naître. Mes parents avaient-ils bien conscience que leur suzerain à cette époque était Valéry Giscard d’Estaing et non point Louis XI ? Mon extraction rurale m’est soudain revenue tout de go au visage, tiède comme un vent de fin d’été, s’élevant du couchant sur une terre fraichement moissonnée. Mes routines germanopratines et mon habitude de chasser ma viande chez Le Bourdonnec m’ont fait oublier que ma jeunesse se tenait par-delà un périph et que mes laborieux parents semblaient avoir servi de modèle à l’Angélus de Millet (qui trônait d’ailleurs au-dessus de la télé…). Depuis j’ai racheté l’original dans un petite vente sans prétention chez Artcurial, les contrefaçons me donnant définitivement de l’eczéma.

J’ai donc pieusement suivi les cours de catéchisme avec le curé du village taillé comme un rugbyman, qui savait t’appendre l’amour du christ à coup de tartes dans la gueule. Parce que un Pater Noster ça se sait sur le bout des doigts ou tu prends toute la paume avec. Le bon curé avait été père blanc, auparavant il réalisait son apostolat en battant le frère tant qu’il est chaud. Toujours premier de la classe, immaculé au milieu des gueules cassées des petits mécréants, j’étais là, buvant ses paroles et apprenant consciencieusement les prières comme autant de récitations ou de tables de multiplication. Récompense pour ce travail de bénédictin, une image pieuse, toute dorée, avec la sainte vierge au milieu, les yeux au ciel et montrant un cœur hypertrophié et situé nettement en dehors de la cage thoracique (une pentalogie de Cantrell ?). Au bout de dix images pieuses, j’ai eu droit à un Jésus-Christ phosphorescent sur une croix possédant les mêmes caractéristiques photo-physiques. Ma mère a eu la bonne idée de l’accrocher en face de mon lit, pour me protéger disait-elle. Craignait-elle un remake de l’Exorciste dans ce sous-pente cosy ? J’ai ainsi eu tout le mal du monde à trouver le sommeil, observé dans le noir que j’étais par ce spectre verdâtre qui finit par être le fossoyeur de mes nuits d’enfance. Ma foi s’érodait à mesure que mes cernes s’approfondissaient.

Né dans cette famille, j’ai donc fait ma communion, pour avoir des cadeaux. Puis ça a été la confirmation, le costume, l’Eglise décoré, le trône avec l’archevêque dessus, et là, patratra. M’avançant, je me suis pris les pieds dans le tapis et je chus mais essayant de me rattraper j’ai fini par tomber pile entre les genoux dudit prélat, il ne pipa mot si je puis dire. Un silence de mort saisit donc l’assemblée. Je souhaite que cette anecdote ne fasse pas l’objet de rires gras et de sous-entendus grivois (merci Zapette… notamment !), nous parlons de religion tout même. Me retournant vers le public, j’ai vu ma mère livide tomber dans les vapes et le bon curé faire croquer ses doigts pour préparer une rouste façon Chabal. Il devenait donc grand temps de quitter ce village où l’hérétique risquait le bûcher. La croix phosphorescente ne fut pas du voyage. Mes études supérieures à distance diluèrent encore l’influence de la catéchèse rurale. Dans ma chambrette d’étudiant laborieux, face à mon lit trônait désormais une photo de Kim Bassinger, qui devait être maladroitement tombé à l’eau en sous-vêtement, elle était là un doigt sur la bouche du genre « ne le dit à personne surtout…chut »…l’antidote contre le séminaire pour sûr. Le pragmatisme de mon cursus a fini d’étouffer en moi une foi aveugle.

Il m’arrive néanmoins dans les moments de doutes de me raccrocher à quelques enseignements de jadis. Je dois ainsi avouer que sortant de mon premier entretien d’embauche, je me suis précipité à Notre-Dame pour y poser un (gros) cierge et réciter un Notre Père devenu hésitant. Histoire de faire bonne mesure je suis ensuite allé me vautrer dans le péché de gourmandise chez l’ami Louis. Ainsi autour de sainte trinité foie gras/confit/Paris-Brest je me suis rendu compte que c’était un vendredi, jour du poisson. Pour faire bonne mesure j’avais arrosé le tout d’une demi-bouteille d’un excellent Faugère. Titubant, j’ai repris mon train pour retourner à mes sentes rurales. Je n’ai pas été déçu : deux jours après j’ai su que j’avais pi-ler la concurrence et que le poste était à moi. J’ai depuis gardé une forme de reconnaissance prudente à ma religion d’origine.

C’est vous dire si en s’enfonçant dans la noirceur des entrailles de la PMA, j’ai fini par dépoussiérer quelque peu mon passé de croyant. Face à l’adversité nous avons bien essayé l’homéopathie, l’acupuncture, la micro-kinésithérapie, un rebouteux moisi, un magnétiseur, les sacrifices d’animaux (en sauce), un para-psychologue (genre ghostbuster mais en plus flippant), bref nous en étions là lorsque passant devant Notre Dame je me suis dit qu’il était peut-être temps que je donne quelques nouvelles fraîches. J’ai fait tout le tour du propriétaire et je n’ai pas trouvé Sainte-Rita, comme vous le savez patronne des causes perdues. Je me suis donc confié au premier venu c’était Saint Vincent de Paul, ça tombait bien c’est le patron des indigents. Ben oui, c’est tout nous ça : les indigents de la gamète. Obligés d’aller de centre de PMA en centre de PMA, la main tendue, l’œil bas, feignant l’absence d’un membre en disant « un embryon, un embryon à plus de 8 cellules siouplait, pour rester digne ». A partir de là Mr et Mme ICSI ont ainsi au cours de chacun de leur voyage laissé quelques oboles, encens fumants et cierges allumés dans tous les lieux de croyance que ce monde leur a offert à visiter et cela quel que soit la religion. De toute façon, l’interlocuteur est probablement le même, seul l’indicatif pour le joindre est différent.

Comme vous le savez il se pourrait que nous fûmes entendus puisque notre caneton est arrivé. Il faudra d’ailleurs un jour que l’on vous raconte toute l’histoire car ce fut tout sauf une grossesse dont on fait un post amusant. Il aura le mérite de montrer que la vie est fragile et que nous qui tenions déjà à un embryon de 8 cellules nous aurions pu perdre bien plus encore sans la médecine et peut-être aussi sans cette force qui nous permet de toujours nous relever du pire pour espérer des jours meilleurs.

Quel que soit le nom que l’on puisse donner à cette force.

Encore une fois je n’ai pas pu faire court alors allez en paix, mes bien chers frères, mes bien chères sœurs…

Mr ICSI

PS : le but de ce post n’est pas de choquer les convictions et encore moins de faire du prosélytisme. Merci de le lire avec un sens du second degré le plus affuté possible.

Qu’est-ce tu penses doudou du don ?

 

La scène se déroule sur le plateau de l’émission « mille et une vies » animée par Frédéric Lopez. Mme Icsi livre son témoignage sur le thème du jour, « devenir mère par don d’ovocytes ». Le plateau rappelle un intérieur cosy, propre aux confidences, avec un grand canapé, un plaid confortable, des objets familiers dans une ambiance « campagne chic ». C’est évidemment au cœur de Paris, dans une pièce truffée de caméras.

Frédéric Lopez : Soyez la bienvenue Canette ! Je peux vous appeler Canette d’ailleurs, en toute bienveillance ?

Mme Icsi : Bien sûr Fred, cela me va très bien.

Frédéric Lopez : Installez-vous ! Vous voulez un thé mariage frères, un jus de goyave bio ou une infusion détox des montagnes de l’Himalaya ?

Mme Icsi : Merci, j’ai trop bu de tisane d’allaitement, je sature dès que je vois un mug. Je vais plutôt prendre une bonne bière fraîche sans alcool, si vous avez ça en régie…

Frédéric Lopez (après un blanc…) : Euh… avec plaisir ! Alors, votre histoire est juste incroyable, mais je vais vous laisser nous la raconter. Je crois que tout a commencé il y a sept ans, c’est ça ?

Mme Icsi : Bientôt huit ans, en fait. Une histoire ordinaire d’un couple qui s’aime, et qui décide d’avoir un enfant. J’arrête la pilule, j’ai trente trois ans, et je pense que je vais être enceinte au prochain cycle…

A l’écran apparaît une photo d’une canette rayonnante, avec un large sourire, en train de faire le pitre.

Frédéric Lopez : Ah oui, vous étiez vraiment optimiste !

Mme Icsi : Complètement idiote, oui ! J’étais persuadée que nous allions pouvoir enchaîner les bébés avec mon canard, ce merveilleux canard que j’avais mis du temps à rencontrer mais dont j’étais certaine qu’il serait un père formidable. Je commençais même déjà à parler de ce bébé qui allait venir autour de nous, comme pour prévenir que nous allions bientôt être parents, c’est sûr. Bon, et bien sur ce coup là, je me suis complètement plantée ! Bonjour l’intuition féminine !

Frédéric Lopez : Mais c’est bon dans la vie d’être optimiste, vous ne pensez pas ? C’est un moteur formidable et nous aurons tout à l’heure avec mes amis une séquence sur les initiatives géniales de gens merveilleux et bienveillants ! Un moment juste magique que l’on partagera tous ensemble, comme dans cette yourte dans laquelle j’avais séjourné en Mongolie. Mais je m’égare…

Mme Icsi (qui se demande ce que Frédéric Lopez a fumé en coulisses) : Etre optimiste, oui, mais si naïve, je ne sais pas… Enfin bref, je pensais que je retournerais vite fait chez ma gynéco avec un test de grossesse positif en poche et un bébé joufflu neuf mois plus tard. Mais cela ne s’est pas du tout passé comme ça. Les mois et les mois ont passé, sans test positif du tout. Les câlins devenaient programmés, stressants, sans abandon, en calculant les dates… Enfin, toutes les « pmettes » vous raconteront cela. J’ai commencé à m’inquiéter, et je suis donc retournée chez ma gynécologue.

Frédéric Lopez : Et qu’est-ce qu’elle vous dit à ce moment là ?

Mme Icsi : Qu’à mon âge, cela ne pouvait pas marcher aussi vite, qu’il fallait que je me détende, que l’on parte en vacances, que je relâche un peu la pression dans mon boulot…

Frédéric Lopez : Et vous en avez pensé quoi ?

Mme Icsi : D’abord, je me suis sentie vieille d’un seul coup. Je n’avais pas réalisé que je n’étais déjà plus « jeune » aux yeux d’un médecin. Cela m’a fait un choc. Et puis on me reprochait finalement mon impatience. Je pouvais l’entendre au bout de six mois d’essai, mais cela faisait déjà plus d’un an et je n’étais pas convaincue du tout. On a donc pris un rendez-vous dans un service de PMA à l’hôpital pour parler de notre cas.

 Frédéric Lopez : Cela a dû être difficile de prendre ce rendez-vous. Et comment s’est-il passé ?

Mme Icsi : C’est bête, mais en salle d’attente, avec mon canard, on se sentait honteux, on regardait nos pieds. Si on avait su le temps que l’on allait passer dans ces foutues salles d’attente, cela nous aurait achevé sur place ! Plus tard, c’est à ce sentiment de gêne que l’on reconnaîtra les « nouveaux » du monde de la pma qui arrivent en salle d’attente. En fait, c’est comme si cela ne pouvait pas nous arriver, à nous. Et puis après une longue attente cela a été notre tour. On est tombé sur un médecin assez froid, qui nous a simplement donné des ordonnances pour les examens de routine : spermogramme pour mon canard, prise de sang pour moi et la fameuse « hystérosalpingographie » (cela ferait un bon score au scrabble, tiens)… Et voilà, débrouillez-vous avec ça, revenez quand vous aurez les résultats.

Frédéric Lopez : Il ne vous a pas donné l’adresse de spécialistes pour faire ces examens ?

Mme Icsi : Non, justement. J’y suis donc allée au pif, sans savoir d’ailleurs en quoi consistait vraiment cet examen. Et je suis tombée sur un radiologue qui ne connaissait visiblement rien à l’anatomie féminine : dès la pose du speculum, c’était un cauchemar, je me tordais de douleur, il n’a même pas pu finir l’examen !

Frédéric Lopez : Cela commençait mal !

Mme Icsi : C’est traumatisant, vous voulez dire ! Je suis rentrée en larmes en expliquant à mon canard que l’on ne pourrait pas passer par la médecine, c’était trop dur, au-dessus de mes forces.

Frédéric Lopez : Et finalement ?

Mme Icsi : Finalement, le temps a passé, j’ai discuté avec une amie qui avait eu une petite fille grâce à la pma et elle m’a conseillé de faire cet examen avec une gynécologue qu’elle connaissait bien. Je suis donc allée voir ce praticien, en lui racontant mon histoire. Je suis retournée affronter mon traumatisme en tremblant, c’était déjà un an plus tard.

Frédéric Lopez : Et cette fois ?

Mme Icsi : Cette fois cela s’est très bien passé, ce n’était pas si douloureux, juste un peu désagréable. Et en plus il n’y avait rien d’anormal à l’examen, j’étais donc rassurée. J’en ai beaucoup voulu à ce radiologue de m’avoir violentée à ce point, et de m’avoir fait perdre un temps si précieux.

Frédéric Lopez : Du coup quel était le bilan de tous ces examens ?

Mme Icsi : Le bilan « de l’époque », c’est que ce gynécologue ne trouvait rien d’anormal. Mais puisque nous insistions, pour nous rassurer, elle nous a proposé de faire des inséminations, histoire d’augmenter nos chances à chaque cycle. Cela se passait dans son cabinet, c’était une entrée en matière plus douce qu’à l’hôpital.

Frédéric Lopez : Cela devait vous faire bizarre, non ?

Mme Icsi : C’est vrai. On se baladait avec les zoïdes de mon canard dans une boîte hermétique prêtée par le labo qui heureusement n’était pas très loin… On peut dire que cela fait des souvenirs ! Bon, finalement cela n’a rien donné et, rétrospectivement, c’était totalement inutile vu notre dossier, sauf pour payer des honoraires à ce gynéco. On est tombé sur quelqu’un de franchement incompétent car les inséminations n’avaient aucun intérêt compte tenu du spermogramme du canard.

Frédéric Lopez : Du coup vous retournez à l’hôpital, c’est bien cela ?

Mme Icsi : C’est ça. On sentait déjà que l’on était sur une mauvaise voie. A l’hôpital, on nous a tout de suite proposé une FIV, car les zoïdes de mon canard n’étaient pas si performants que cela, même s’ils étaient nombreux ! Et là, on a enchaîné les FIV, avec des résultats pitoyables : la première n’a donné aucun embryon. La 2ème non plus, malgré la méthode ICSI. La 3ème a permis de transférer un seul embryon, et la 4ème nous a donné deux embryons transférables. A chaque fois, c’était un échec. On a alors décidé de prendre d’autres avis médicaux avant d’abandonner. On a rencontré un paquet de médecins dont notre gynécologue fétiche, notre Général Croquette, que l’on a définitivement adopté !

Frédéric  Lopez : Cela compte, de se sentir entre de bonnes mains ?

Mme Icsi : C’est absolument essentiel. Avec elle, on n’avait plus à se poser de questions. Elle a repris tout notre dossier de A à Z, elle travaillait avec méthode, avec son réseau de spécialistes tous azimuts, et en plus avec une énergie qu’elle nous communiquait très bien !

Frédéric Lopez : C’est important, la transmission des énergies. J’ai appris cela avec une tribu en Amazonie, c’était une expérience incroyable, pleine de bienveillance… Mais je m’égare.

Mme Icsi (qui se demande ce qu’il y a dans la tisane de l’animateur) : C’est vrai. Mais surtout on savait que l’on pouvait suivre ses indications. Et pour elle, c’était clair que le don d’ovocytes était la solution, car nos résultats passés démontraient un défaut de qualité ovocytaire. On a bien tenté une dernière FIV avec elle pour ne pas avoir de regrets, mais la stimulation n’a même pas fonctionné tant mes ovaires étaient épuisés !

Frédéric Lopez : Cela a dû être un moment difficile, non ?

Mme Icsi : Oui et non. D’un côté, il fallait faire le deuil de mes gamètes, d’un enfant qui me ressemble, mais ce n’était pas essentiel pour moi. C’était surtout pour l’enfant lui-même que je trouvais cela triste, car c’est plus compliqué de naître d’un don de gamètes que de savoir que l’on est le mélange de ses deux parents. Mais je n’avais pas de regrets à avoir : nous avions vraiment tout essayé avant, ce n’était pas une solution de « facilité ». Et avec cette technique, les espoirs étaient réels, les statistiques n’avaient rien à voir. J’y croyais et mon canard aussi.

Frédéric  Lopez : Vous avez choisi alors la donneuse  ?

Mme Icsi : Non, pas du tout ! C’est mal connaître le don que de penser que cela se passe de cette manière… J’ai simplement « choisi » le pays de la donneuse, car en France, l’attente était bien trop longue pour seulement imaginer bénéficier d’un don, et mon âge avait cette fois bien avancé. On a aussi demandé conseil à notre gynécologue, à des amis, et après avoir contacté une clinique en Espagne, c’est finalement en République Tchèque que nous avons concrétisé cet incroyable projet. On avait rencontré l’équipe médicale avant, on avait confiance. Et puis c’étaient les mêmes conditions légales qu’en France, la FIV avec don d’ovocytes était même partiellement remboursée par la sécurité sociale. Cela évitait de nous donner l’impression de « frauder », de faire un bébé en douce, de manière presque honteuse. On était en République Tchèque, mais cela restait l’Europe, notre grand pays à tous. Je me suis vraiment sentie Européenne, à ce moment là ! Vive l’Europe, devraient crier les infertiles !

Frédéric Lopez : On en vient alors à l’essentiel. La FIV avec ce don a lieu, vous avez vécu cela comment ?

Mme Icsi : En fait, je me suis demandée comment j’allais vivre ces moments. Je me sentais prête dans ma tête après un si long parcours. J’avais eu le temps de lire bien des ouvrages, dont ceux d’Irène Théry, de réfléchir, de me poser plein de questions. Mais entre vivre les choses intellectuellement et les vivre émotionnellement et dans son corps, il y a un monde. J’ai vraiment pensé à la donneuse le jour de la ponction. Je savais ce que c’était, et je me suis sentie tellement reconnaissante envers cette inconnue de passer par ce geste médical qui n’est pas quelconque, je le sais, tout ça pour pouvoir faire un don. Je ne savais rien de ses motivations, mais je voulais lui crier merci si fort afin qu’elle puisse l’entendre depuis la République Tchèque !

Frédéric Lopez : C’est un geste merveilleux qu’elle a fait.

Mme Icsi : C’est vrai. On ne saura jamais si c’était totalement désintéressé ou pas, mais les sommes versées pour indemniser les donneuses ne sont pas telles que l’on puisse imaginer recourir au don uniquement pour l’argent. Nous penserons d’ailleurs à son geste tous les ans à Pâques !

Frédéric Lopez : Pourquoi à Pâques ?

Mme Icsi : Parce qu’en République Tchèque, pour Pâques, des œufs sont magnifiquement peints et décorés, pour être offerts. Nous en avons ramené quelques uns que l’on trouve dans des boutiques d’artisanat, et nous les sortons de leur boîte tous les ans à Pâques, pour décorer notre petit chez nous. C’est un magnifique œuf qu’elle nous a offert, ou plutôt cinq œufs devenus blastocytes, cette « matière première » sans laquelle nous n’aurions rien pu faire !

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Frédéric Lopez : Et alors finalement, le transfert a lieu. Cela se passe comment ?

Mme Icsi : Cela s’est passé comme un transfert ordinaire, si je puis dire, sauf que le gynécologue me parlait en anglais ! Cet embryon était le nôtre, c’était déjà « mon » œuf, fécondé par mon canard, et je voulais l’accueillir comme un trésor, de la même manière que pour les autres tentatives, mais avec tellement plus de chances que cela marche…

Frédéric Lopez : Et cela a marché ?

Mme Icsi : Non ! Enfin, pas du premier coup. La déception était à la mesure de l’espoir : énorme. Mais c’est surtout lors de l’échec du deuxième transfert que l’on a douté que cela marche un jour pour nous, alors qu’il y avait tellement de réussite dès la première ou deuxième tentative autour de nous.

Frédéric Lopez :  Et pourtant vous avez continué les traitements ?

Mme Icsi : Notre médecin, le Général Croquette, était convaincue que cela allait finir par marcher, alors on s’est laissé porter par son énergie. Mais nous sommes repartis pour un troisième transfert, après une opération, sans y croire. D’ailleurs, à peine arrivés sur place pour effectuer le transfert de deux embryons (cette fois, nous n’avions plus de raison d’être prudents !), nous avons commencé à discuter avec l’équipe tchèque de l’échec à venir et des causes possibles. On les a peut-être vexés, nos médecins tchèques, mais le fait est qu’ils ne voulaient absolument pas en parler. « Une étape après l’autre », nous a-t-on dit. Et en effet, cette fois, cela a marché, on a eu un beau taux positif et qui grimpait, grimpait…

Frédéric Lopez : c’est formidable cette énergie que l’on trouve au fond de soi devant les épreuves. Cela me rappelle le message d’un paysan que j’avais croisé au fond du Vietnam qui a dû faire face à une mauvaise récolte… mais je m’égare.

Mme Icsi (qui a décidé de prendre finalement une infusion car cela a l’air d’être de la bonne) : Oui, ce n’est sans doute pas comparable, comme épreuve, mais c’est vrai. Je n’imaginais pas, au début de notre parcours, avoir autant de ressources pour mener ce si long combat. On se surprend.

Frédéric Lopez : Et ensuite, comment s’est passée la grossesse avec ce don ?

Mme Icsi : Comme pour toutes les pmettes, il y avait l’angoisse que tout s’arrête d’un coup, car on a perdu toute innocence quand on est infertile. Et pour faire court, il y a eu pas mal de passages aux urgences ! Mais ce n’est pas le sujet. En fait, je veux surtout parler aux femmes qui se posent la question de savoir comment est vécu le don. A vrai dire, je me demandais si la question du don allait me perturber pendant cette période si spéciale de la grossesse. Pourtant, à aucun moment, je n’ai eu l’impression de porter un être « étranger ». Je portais mon enfant, celui que je désirais depuis tant d’années, que nous attendions ensemble, avec mon canard, et c’était évidemment le mien, uniquement le mien. Il respirait ce que je respirais, il mangeait ce que je mangeais, je l’irriguais de mon sang, il grandissait dans mon ventre. Cette cellule étrangère, fécondée par mon canard, je l’avais en quelque sorte absorbée en moi, elle était devenue mienne. Mais alors pendant la grossesse, je me suis demandée comment allait se passer « l’après »…

Frédéric Lopez : On n’arrête pas de se poser des questions chez les canards !

Mme Icsi : Pas faux ! Mais c’était une vraie question ! Après l’accouchement, est-ce que ce lien biologique que je vivais et ressentais dans mon corps allait cesser ? Est-ce que la figure de la donneuse allait perturber mon lien maternel avec notre caneton ?

Frédéric Lopez : Alors ?

Mme Icsi : Alors pas du tout ! A vrai dire, comme pour toute naissance je crois, il y a une phase de découverte mutuelle. J’étais sidérée qu’il soit là, celui que l’on n’osait plus espérer. Il avait enfin un visage, une réalité, une voix. Et il a fallu apprendre à se connaître, à se toucher, à communiquer. Je n’ai alors jamais pensé à la donneuse. Non pas que je sois une ingrate. Je n’oublierai jamais ce cadeau inestimable d’une inconnue. Mais on ne m’a pas donné un enfant, on m’a donné une graine précieuse que l’on a pu faire fructifier, c’est très différent…

Frédéric Lopez : C’est joli, cette image. Cela me rappelle une tribu d’Afrique qui offrait des graines de Baobab comme cadeau de naissance, mais je m’égare… Et alors, vous comptez en parler autour de vous ? Aujourd’hui, vous portez toujours un masque. Vous avez honte ?

Mme Icsi : Absolument pas ! Mais je veux préserver notre caneton de la bêtise des gens, ou au mieux de leur maladresse. Evidemment qu’il sera au courant des conditions de sa naissance, et de l’existence de ce don. Il n’y aurait rien de plus idiot que de lui cacher cette histoire, qui est une belle histoire d’amour, de désir, et de don. La rendre secrète l’enlaidirait inutilement. Il n’y a donc aucune raison de lui cacher cela, au contraire. Mais les mots peuvent blesser. Nous l’avons tellement vécu lors de ce parcours ! Pourtant, nous, nous sommes des adultes qui pouvons mettre les choses à distance. Alors un enfant, on peut le blesser gravement et pour longtemps avec une phrase bête du type « en fait tu sais que ta mère n’est pas ta vraie mère, n’est-ce pas ? »… Comment un enfant entend et interprète une telle phrase ?! Moi, je commence à avoir l’habitude des remarques idiotes, et j’ai eu le temps de réfléchir à ce que signifiait être mère. Mais lui ?! Et puis nous voulons nous-même lui raconter son histoire (on le fait déjà d’ailleurs !), et on le fera progressivement, selon son âge. Ensuite il choisira de la raconter à qui il veut, ou d’en faire son secret à lui, ce sera à lui d’en décider. Si nous le racontons trop largement, pour faire du militantisme (parce que cela nous tente tellement de militer pour le don, pour faire changer les mentalités !), on l’expose à des remarques inutilement blessantes.

Frédéric Lopez : Personne n’est donc au courant dans votre entourage ?

Mme Icsi : Si, bien sûr ! Nos parents, et une poignée d’amis très proches. Ils n’abordent d’ailleurs jamais le sujet, nous sommes tous tellement sidérés qu’il soit là, ce caneton, notre caneton. On se pince tous les matins, et je pense que cela durera jusqu’à la fin de nos jours.

Frédéric Lopez : C’est vraiment une histoire peu habituelle…

Mme Icsi : En fait, pas tant que cela. Dans le milieu médical, où nous indiquons systématiquement l’existence du don, nous avons découvert qu’il y a plein de femmes qui vivent cette expérience. L’infertilité est un vrai enjeu de société, il serait d’ailleurs temps que nos hommes politiques s’en rendent compte. Nous sommes bien plus nombreuses que je ne l’imaginais à traverser les frontières pour chercher ces  « graines à bébé », et ainsi réaliser un désir si profond. Notre caneton ne sera pas seul à vivre avec cette histoire, ce sera d’ailleurs plus facile pour lui, sans doute.

Frédéric Lopez : Et bien merci beaucoup, Canette. Vous nous avez livré votre témoignage avec beaucoup d’émotion, c’était un merveilleux moment, plein de bienveillance.

Mme Icsi (qui espère que Fred ne lui demandera pas de l’accompagner en terre inconnue car elle a peur des bestioles et n’est pas à jour de ses vaccins) : Allez, je vous laisse, j’ai un caneton à nourrir avec bienveillance justement…

 

 

Etude d’oeuvre : une autre histoire…

Amis lecteurs, bonjour !

Voilà bien longtemps que l’on ne vous a pas servi une petite étude d’œuvre en version pma. Il est temps d’y remédier. En ce jour de transfert d’un embryon pour une de nos fidèles lectrices à qui nous pensons très fort, c’est une chanson qui s’est vite imposée au programme : « UNE AUTRE HISTOIRE » de Gérard Blanc. Voilà une  chanson qui fleure bon les années 80, avec un clip d’anthologie (l’un des pires de l’histoire des clips vidéos…), chanson dont les paroles parlent forcément aux vieux routards de la pma, ceux qui galèrent depuis pas mal de temps. Quand les échecs se sont accumulés, difficile en effet d’aborder un transfert avec plein de légèreté et de fraîcheur. Et pourtant, chaque transfert peut être le début d’une autre histoire… Allez, Gérard, tu peux envoyer la sauce (si je puis me permettre cette expression sans doute inappropriée).

 

Passons à l’analyse pmesque…

On oublie tout, tous les barrages

Qui nous empêchaient d’exister

Qu’il y en a des barrages pour exister comme parent ! Entre la qualité des gamètes, de la cavité utérine et la foire aux hormones, sans oublier le volet psy qui est évidemment central selon notre concierge, les raisons ne manquent pas de plomber les cigognes avant même leur envol. La lecture de tous nos blogs démontre la variété des problèmes que l’on peut rencontrer. Or, quand on a déjà un long parcours, on a généralement pas mal de cases cochées dans la grille des causes d’infertilité. « Barrage » est donc au pluriel, malheureusement…

Quelque chose de neuf a tout changé

Quelque chose et ça m’ fait avancer

Ce quelque chose dépend de plein de choses… Cela peut être une nouvelle équipe médicale qui porte un regard différent sur notre dossier et sur le traitement à suivre. Cela peut être une opération qui remet de l’ordre, une session de ménopause artificielle pour calmer l’endométriose qui touche tant de pmettes…  Et quand quelque chose change, cela donne des raisons de penser que la suite de l’histoire va elle aussi changer.

On oublie tous les gens, tous les naufrages

Tous les bateaux, touchés, coulés

A l’abord d’un transfert, autant se le dire : il vaut mieux avoir en tête les happy ends que les échecs, ces naufrages que l’on a connus ou que d’autres ont connus.

Je n’sais pas comment ça s’est passé

Je n’sais pas pourquoi j’ai plus peur d’aimer

Ah mais voilà la théorie du déclic ! Bon, ce n’est pas notre passage préféré dans la chanson, soyons clair. Le déclic, c’est le petit truc qui explique pourquoi un traitement va marcher car on s’est enfin débloqué bien sûr ! Cela peut être lié à un agrément pour une adoption, par exemple, comme vous l’explique votre cousine (« c’est dingue, pile au moment où ils allaient adopter, paf ça a marché, c’est quand même la preuve que c’était psy, non ?! » Et là vous avez juste envie de raconter l’histoire de tous ceux qui ont pris le long chemin de l’adoption, l’agrément n’étant qu’une première étape, sans pour autant revenir vers la case fertile…). En gros, pour les adeptes de la théorie du déclic, on n’a plus peur d’aimer l’idée d’être parent, donc ça marche.  Qu’on se le dise.

Elle dit j’imagine des musiques qui se dansent

Pour toi

Elle dit j’imagine des mots dans le silence

Pour toi

Des jours et des nuits où la vie recommence

Comme ça encore une fois

Que l’on aimerait que ça marche. Que l’on aimerait se laisser porter par son imagination. On se voit déjà faire la fête pour l’arrivée de cet enfant si attendu, on se voit déjà lui dire des mots doux pour l’endormir, on se voit enfin reprendre le cours de la vie que l’on espérait tant, de jour comme de nuit, et retrouver notre légèreté d’avant la PMA, quand nous n’y pensions pas sans arrêt.

Et on démarre une autre histoire

Et on démarre une autre histoire

Mais ça c’est une autre histoire.

On comprend bien le sens de l’emploi de cette répétition a priori lourdingue : une autre histoire peut enfin s’écrire. UNE AUTRE HISTOIRE !

On oublie tout, tous les nuages

Qui nous cachaient la vérité

Les nuages, cela peut être l’incompétence des médecins. Comment savoir quel traitement faire quand le diagnostic de départ est faux ? On vous parle en connaissance de cause…

Tous les vents du large sont déchaînés

Tous les vents et ça m’fait pardonner

Le vent du large, on l’a pris quand on a compris que notre ancienne équipe nous envoyait dans le mur, sans solution. Difficile de pardonner parfois, mais il faut bien avancer…

On oublie tous les jours, tous les mirages

Comme un soleil qui s’est couché

On en a eu des mirages, dans notre parcours ! Ces signes qui faisaient croire à un début de grossesse, mais qui n’étaient qu’illusions. Oublions ces échecs, ces fausses impressions, c’est le message… Plus facile à dire qu’à faire.

Je n’sais pas comment ça s’est passé

Je n’sais pas pourquoi j’ai plus peur d’aimer

Ok Gérard, on a compris l’idée, passe au refrain maintenant. Et alors comment on la finit, cette chanson ?

Mais ça c’est une autre histoire

Ha ha oh

Et on prend un nouveau départ

Et on démarre une autre histoire

Et on prend un nouveau départ

En laissant faire le hasard

C’est une autre histoire.

Un nouveau départ, laissons faire le hasard. Telle est la devise de la pmette qui tel le Bouddha est sur les chemins de la sagesse : la vie n’est que hasard, un hasard qu’on provoque, nous autres infertiles, et qui peut nous réserver de belles surprises.

Toutes nos pensées vous accompagnent, amis lecteurs qui allez tenter votre chance ces prochains jours… Prenez soin de vous.

 

IGNOBEL 2016 : vous aussi, aidez la recherche !

Nos fidèles lecteurs savent sans doute quel intérêt nous portons à la science, qui est tout de même au cœur de nos vies d’infertiles, chacun guettant les dernières prouesses des blouses blanches à même de nous conduire sur les chemins de la parentalité. Raison pour laquelle nous partagions chaque année avec vous la moisson des prix « Ignobels », parodies des prix nobel récompensant de vraies recherches très sérieuses, mais dont les sujets font toujours bien rire. Comme nous avons raté la session de septembre 2016 pour cause de silence radio des canards, en pleine retraite monacale, il est temps de se rattraper…

Voici donc le dernier cru.

Commençons par ce qui nous intéresse le plus : la catégorie « reproduction ». Le prix a été attribué à titre posthume à Ahmed Shafik (Égypte) pour l’étude des effets du port de pantalon en polyester, en coton ou en laine sur la vie sexuelle des rats, et pour avoir conduit des tests similaires chez l’homme.

Les hommes en PMA font déjà face à une question essentielle : slip ou caleçon ? (et vous savez que c’est la 2e solution qui est la bonne, comme le rappelait Monsieur Icsi dans l’un de ses premiers posts « le bruit des caleçons »… Pour info, il a gardé ses caleçons, il y a des habitudes tenaces…). Et bien maintenant la science va plus loin en réfléchissant à la matière du pantalon sur la sexualité. Mais alors je m’interroge :  combien de rats portent des pantalons, dans la vraie vie ? Je veux dire à part les rats de Simone qui a une addiction à la lessive ? Mystères de la science…

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Les rats de Simone…

 

Bref, l’étude est claire : choisissez bien vos pantalons, messieurs. Evitez donc le modèle ci-dessous, qui plaît beaucoup à Monsieur Icsi, même si la tentation est grande de mettre un peu de fun dans vos vies.

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Passons maintenant au prix de Médecine. Il a été décerné à Christoph Helmchen, Carina Palzer, Thomas Münte, Silke Anders, et Andreas Sprenger (Allemagne) pour avoir découvert qu’il est possible de faire passer une démangeaison sur le côté gauche du corps en se regardant dans le miroir et en se grattant le côté droit (et vice versa).

Moi je dis que beaucoup de pmettes dans mon genre avaient déjà quelques soucis de bilatéralisation en pleine échographie endo-vaginale (elle regarde quoi, là, le Dr. croquette ? L’ovaire droit ou gauche ?). Mais cette fois des espoirs sont permis : en se piquant face à un miroir, il faudrait voir si cela active la stimulation de l’ovaire paresseux, en choisissant le bon côté. Je vous laisse tester.

Quant au prix de biologie, Il a été décerné à Charles Foster (Grande-Bretagne) pour avoir vécu dans la nature comme un blaireau, un renard, un cerf et un oiseau ; et à Thomas Thwaites pour avoir créé des prothèses de jambes pour lui permettre de se déplacer et de passer son temps à paître en compagnie de chèvres.

Je peux vous dire que notre vécu « pmesque » nous a permis de côtoyer un paquet de chèvres et de blaireaux en blouses blanches, que l’on a rencontrés dans leur milieu sauvage. Les handicapés de la fertilité que nous sommes ont pu paître des années en leur compagnie avant de croiser le chemin du Dr. Croquette, notre sauveur. Notez que l’on peut rester perplexe sur l’aptitude à vivre comme un oiseau. J’ai comme l’intuition que cela peut être dangereux…

Le prix d’économie ne manque pas non plus de piquant. Mark Avis, Sarah Forbes et Shelagh Ferguson (Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni) ont été récompensés pour l’étude de la personnalité des pierres, du point de vue de la vente et du marketing.

Mouais. Encore un truc pour des superstitieux dans notre genre qui vont acheter une pierre magique et protectrice. De la science, on vous dit, de la science !

Le prix de physique a été attribué à Gábor Horváth, Miklós Blahó, György Kriska, Ramón Hegedüs, Balázs Gerics, Róbert Farkas, Susanne Åkesson, Péter Malik et Hansruedi Wildermuth (Hongrie, Espagne, Suède, Suisse) pour avoir découvert que les chevaux au crin blanc étaient les moins dérangés par les mouches, et pour avoir découvert pourquoi les libellules sont attirées par les tombes noires.

J’aimerais savoir comment des scientifiques sont arrivés à l’idée de chercher quelle couleur de tombe attirait les libellules. Un chercheur, à la Toussaint, alors qu’il fleurissait la tombe de ses ancêtres, a peut-être croisé une libellule cafardeuse, qui sifflotait « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » (à quand une étude sur les goûts musicaux hasardeux des libellules ?)…

Le prix de psychologie a été attribué à Evelyne Debey, Maarten De Schryver, Gordon Logan, Kristina Suchotzki, et Bruno Verschuere (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Canada, États-Unis) pour avoir demandé à 1000 menteurs à quelle fréquence ils mentaient, et décider s’il fallait croire à ces réponses.

On me dit dans l’oreillette qu’un candidat à l’élection présidentielle dont la femme s’appelle Pénélope aurait participé à l’étude. Mais je ne vois vraiment pas de qui il s’agit…

Restons dans l’esprit taquin en notant que le prix de chimie a été attribué à Volkswagen (Allemagne) pour avoir résolu le problème de l’émission excessive de pollution des automobiles par la réduction automatique et électromécanique de ces émissions durant les tests. Je crois savoir que d’autres constructeurs auraient pu partager ce prix.

Le prix de la paix, qui mérite tout autant l’attention, a été attribué à Gordon Pennycook, James Allan Cheyne, Nathaniel Barr, Derek Koehler, et Jonathan Fugelsang (Canada, États-Unis) pour leur étude scolaire ayant pour nom « Sur la réception et la détection de la connerie pseudo-profonde ». Je crois que c’est une étude sans fin. Il faudrait toutefois que l’on m’explique le concept de connerie « pseudo » profonde. Connerie profonde, je vois bien ce que c’est, on en subit les effets bien souvent (vous savez, le coup du bébé qui vient tout seul quand « il ne faut pas y penser » ?) mais pseudo profonde ? Je vous laisse nous éclairer.

 

Le prix de littérature vaut également son pesant de cacahuètes, et ferait passer Houellebecq pour un type très équilibré et jovial. Le prix a ainsi été attribué à Fredrik Sjöberg (Suède) pour son travail autobiographique en 3 volumes traitant de son plaisir à collectionner des mouches mortes et des mouches qui ne sont pas mortes. Rassurant, n’est-ce pas ?!

Terminons par le prix le plus parlant en PMA. Le prix de la perception a été attribué à Atsuki Higashiyama et Kohei Adachi (Japon) pour leur étude sur la façon dont les choses se voient différemment lorsqu’elles sont regardées en se penchant entre les jambes. Sans doute une expérience menée un soir de pot de départ en retraite d’un chercheur du CNRS, juste après la sangria faite maison…

Voilà tout de même une recherche qui me fait dire que tous les gynécologues de la planète ont une perception différente de la vie, ce qui ne surprendra pas la Pmette qui en a généralement testé tout un bataillon.

Alors, vous aussi, aidez la recherche !

Et à la fin, le canard gagne…

Amis lecteurs (s’il nous en reste),

Peut-être vous demandez-vous ce que sont devenus les canards, longtemps vaincus par Dame Nature qui ne manque pas de ressources pour décourager les infertiles ? Et bien sur les conseils du Général Croquette, ils sont repartis au combat et cette fois la chance leur a souri. C’est ainsi que leur valeureux caneton a triomphé de mille périls qu’il serait trop long de raconter ici…

M. et Mme Icsi Pari sont donc très heureux de vous annoncer l’arrivée de leur caneton. Ils espèrent que cette annonce permettra à ceux qui ont un parcours aussi long et chaotique que le nôtre de reprendre espoir, même si dans cette affaire, tout n’est qu’une question de chance et non de mérite. Mme Icsi se souviendra toujours de l’annonce de Lutine dont les fidèles blogueurs connaissent le long combat, annonce qui lui a donné des forces à bien des moments…

Que ceux qui seraient blessés par cette annonce nous pardonnent. Nous ne savons que trop la solitude qu’elle peut entraîner.

Ce blog continuera à essayer de vous divertir, sans vous raconter notre vie de famille, car nous pensons à tous ceux qui attendent sur le quai, à qui nos posts sont destinés.

Prenez soin de vous.

Les canards

 

Dernière lettre au Père Noël

Cher Père Noël,
Avoue que tu t’es bien foutu de notre gueule cette année encore.

Quand, il y a cinq ans, tu nous avais apporté la PMA en cadeau, déjà, on trouvait ça moyen, comme idée. Originale, riche en sensations, digne de la smartbox du comité d’entreprise, mais tu vas rire, j’aurais préféré un bête livre sur le choix des prénoms. Depuis, tu enchaînes les blagues tous les ans. Une année, un spermogramme pourri sous le sapin. Une autre, une endométriose de derrière les fagots. Une autre, une mauvaise qualité ovocytaire, pour finir en beauté l’année dernière par une belle insuffisance ovarienne. 

Bon. On s’est dit qu’un voyage en République Tchèque nous ferait oublier tout ça et nous réconcilierait avec toi. C’est le pays du don, des taux de réussite mirobolants et des sourires, pas vrai ? On a même vu la neige, la dernière fois. Et comme des cons, tu vois, on était prêt à te célébrer cette année. 

Mais alors le coup des fausses couches à répétition, franchement, c’est la surprise de trop. Au premier transfert, on s’est dit que ce n’était pas de bol, ce taux positif qui chute. Et puis, il y a quelques semaines, en pleine magie de Noël, après un second transfert, notre beau taux de 172 de la première prise de sang clignotait plus encore que le sapin d’un grand magasin. Nos yeux brillaient comme ceux des enfants qui attendent leur cadeau derrière la vitrine aux mille promesses. Mais tout ce que tu nous as offert, c’est le même scénario foireux du taux qui ne bouge pas 48 heures plus tard, et des prises de sang à répétition pour vérifier que tout est fini.

Alors là, je vais te dire un truc : t’es vraiment un gros lourd. Oui, un GROS lourd, parce que permets moi de te dire que ton habit ample et rouge (il faudrait que tu changes de sponsor, Coca te fait faire n’importe quoi niveau choix des couleurs) ne masque pas la situation de surpoids dans laquelle tu te complaît depuis pas mal d’années. Donc je persiste et signe, puisque personne n’ose te le dire: tu es un GROS lourd.

Cette fois, le divorce est consommé, Père Noël. Les canards ne croient plus en toi, ils ne croient d’ailleurs plus à grand chose et s’en veulent d’avoir été si naïfs d’espérer un cadeau de ta part. A part chier dans nos petits souliers chaque année, on se demande bien ce dont tu es capable, niveau prouesse de « grand magicien ». Tu vas donc rejoindre la liste des barbus que l’on ne tient pas à fréquenter (sauf que bizarrement, toi, tu ne te fais pas contrôler à l’entrée des magasins).

Sois donc gentil, à l’avenir, d’éviter notre adresse, parce que tu risques de finir assommé à grands coups de dinde congelée dans la gueule et il n’est même pas exclu que tu termines avec une bûche dans le derrière en guise de cadeau de départ. C’est notre côté potache.

Quant à nous, nous tournerons une page en même temps que la dernière feuille de notre calendrier 2015, n’étant pas motivés à l’idée de tester tout ton catalogue des causes d’infertilité. On a comme l’intuition que tu as plein d’autres idées en stock à nous faire tester, mais sois rassuré, on annule la commande. 

Cette lettre était donc la dernière. On se console bêtement en se disant que tu finiras comme nous dans quelques heures : sur les rotules, après une tournée qui te fera rentrer au bercail la hotte vide.

Et c’est ainsi que se termine l’histoire du blog des canards. Sorties de nul part, ces étranges bêtes vont rejoindre l’épais brouillard de leur mare et naviguer loin de la blogosphère. Prenez soin de vous.

Minute poétique

Alors que vient le temps des hommages, ou celui des « pray for Paris », voici notre prière à nous. Celle de Jacques Prévert, son « pater noster » à lui…

Samedi soir, on va à l’opéra, retrouver la beauté du Monde.

Prenez soin de vous.

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Notre Père qui êtes aux cieux

Restez-y

Et nous nous resterons sur la terre

Qui est quelquefois si jolie

Avec ses mystères de New York 

Et puis ses mystères de Paris

Qui valent bien celui de la Trinité

Avec son petit canal de l’Ourcq

Sa grande muraille de Chine

Sa rivière de Morlaix

Ses bêtises de Cambrai

Avec son Océan Pacifique

Et ses deux bassins aux Tuileries

Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets

Avec toutes les merveilles du monde

Qui sont là

Simplement sur la terre

Offertes à tout le monde

Éparpillées

Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles

Et qui n’osent se l’avouer

Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer

Avec les épouvantables malheurs du monde

Qui sont légion

Avec leurs légionnaires

Avec leurs tortionnaires

Avec les maîtres de ce monde

Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres

Avec les saisons

Avec les années

Avec les jolies filles et avec les vieux cons

Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.